Ils contemplent la ville sur le fil

Genève à travers leur prisme (3/6) Les cordistes sont des ouvriers acrobates qui interviennent dans les hauteurs comme dans les recoins des bâtiments.

Les cordistes sont des ouvriers acrobates qui interviennent dans les hauteurs comme dans les recoins des bâtiments.
Vidéo: Georges Cabrera

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«Hé regardez, y a des Spider-Man qui pendent contre les vitres!» Vingt petites paires d’yeux se lèvent, les bouches délaissent les glaces à l’eau et s’ouvrent grandes: «Wahaaaaaa, trop cool!» Ces superhéros qui étonnent, ce sont des cordistes. Soit des travailleurs acrobatiques aux missions très variées, qui interviennent encordés au sommet des bâtiments comme au fond d’une conduite.

Des œufs d’oiseau aux vitres

Les deux acrobates du jour ont un acronyme en plus: ils sont aussi des «vitreux». Nicolas, 36 ans, et Seb, 44 ans, se laissent glisser le long de leur fil. Ils pendulent de gauche à droite au-dessus des têtes des passants, à 21 mètres de hauteur, et offrent un véritable ballet aérien. Sur le toit, une solide toile arachnéenne reliée à de multiples points d’amarrage assure leur vie sur le fil.

D’un geste assuré, les deux cordistes badigeonnent, seau bleu à gauche, seau rouge à droite, et dessinent des arcs-en-ciel avec leurs raclettes pour chasser la mousse. La dernière goutte n’a pas encore séché qu’ils s’attaquent déjà au prochain carreau. Ils doivent travailler vite, coursés par le soleil. «On essaie d’être dans l’ombre, sinon, collé à la vitre, c’est le four…» Et ça mijote alors entre les ficelles comme un rôti.

Mais à part le soleil, le spot du jour est apprécié. «On est bien! Selon la face sur laquelle on intervient, on voit le Jet d’eau et Cornavin. On est des privilégiés!» Nicolas, vingt de travail aérien au compteur, aime la montagne mais ne crache pas sur les vues urbaines. «J’aime Genève en hiver, lorsque ses toits sont blancs et que ses cheminées fument.» Et les chantiers en Vieille-Ville, «d’où on découvre de petites cours cachées». Son compagnon de cordée du jour, Seb, a déjà passé dix-neuf ans à travailler dans les hauteurs. Il a commencé en Bretagne, pour… stériliser des œufs de goélands. «Puis je me suis formé à Paris, la meilleure école. Là-bas, on est confronté à une énorme diversité de chantiers. A Genève, c’est sympa, mais l’activité est encore balbutiante, ce n’est pas dans la culture.»

Elagage et pose de guirlande

En effet, les cordistes ne sont pas légion à Genève, confirme Patrick Piguet, qui a fondé son entreprise de travaux acrobatiques, Tecnhaut, en 1997. «A l’époque, on nous prenait pour des acrobates de cirque… mais nous sommes de véritables ouvriers professionnels!» Qui ne se contentent pas de laver des vitres. «On intervient pour les travaux qui nécessiteraient un échafaudage – sa pose coûte cher, ça multiplie par dix le coût du lavage de vitres! –, l’intervention d’un camion-nacelle ou lorsqu’un site est difficile d’accès sans matériel de grimpe.»

L’éventail d’activités est large: pose de filets antipigeons, réparation des joints de façade, installation de caméras de surveillance, nettoyage – «sur la tour Goldorak de l’aéroport, inoubliable!» — peinture, traitement anticorrosion de charpentes, purge, entre autres. Un peu de faune et de flore aussi, avec de l’élagage et l’élimination de nids de chenilles. Et de l’insolite: pose de guirlandes lumineuses sur grue… Les cordistes se font aussi filet de sécurité pour d’autres professionnels. «On sécurise les accès sur les toits pour les couvreurs par exemple, en posant des lignes de vie.» Qu’importe l’intervention, conclut Seb, «je m’éclate à chaque fois!»

Créé: 16.08.2017, 11h06

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Leurs vues fétiches




A 110 m aux Cheneviers


Patrick Piguet se rappelle de son chantier aux Cheneviers. «Je devais tirer des câbles pour alimenter la petite lampe rouge de la grande cheminée. Pour ça, j’ai grimpé tout en haut, avec une échelle libre, pour atteindre les 110 mètres… C’était impressionnant. Mais c’était surtout magnifique, de là-haut je voyais pratiquement tout le canton. C’était une chance que peu de gens ont.»




Vieille-Ville et RTS


Nicolas, lui, intervient souvent en Vieille-Ville pour installer des climatisations ou réparer les joints des toitures qui sont assez anciennes. «C’est à chaque fois un privilège. On découvre des petites ruelles qu’on ne devine pas depuis le sol et on voit bien la rade. Je me rappelle aussi d’une très belle vue depuis le haut de la tour de la RTS. On avait installé son logo, les deux carrés!»




Pique-nique à l’ONU


«On a fait quelques carreaux à l’ONU, se souvient Seb. On a pu découvrir cet endroit d’habitude fermé aux regards. Le midi, on pouvait prendre notre casse-croûte dans le parc, tranquille, c’était un privilège. J’aime aussi les vues des toits, face au Jet d’eau, quand on surplombe la ville. De préférence en fin de journée, quand les lumières s’allument. On a alors l’impression d’être face à un poster.»

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