Genève doit réaliser ses lignes de tram plus vite

ChantiersAlors que la manne fédérale pourrait échapper à la région genevoise, la Cour des comptes demande un coup d'accélérateur.

Image: LUCIEN FORTUNATI

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

La région genevoise peine à concrétiser ses projets de lignes de tram transfrontalières et cela doit changer. Ainsi peut-on résumer le dernier rapport d’audit de la Cour des comptes, dévoilé vendredi. «Le Canton se trouve à une étape charnière et doit passer la vitesse supérieure, exhorte Isabelle Terrier, magistrate. Passer à une phase de réalisation est une obligation, sous peine de perdre des financements fédéraux.»

Car les trams sont une affaire de très gros sous. La Cour évoque un montant de 600 millions de francs pour les seuls tracés suisses des lignes transfrontalières, en cours de construction vers Annemasse, ou planifiées vers Saint-Julien, Ferney-Voltaire et Saint-Genis, cette dernière destination étant susceptible d’être retirée de la liste au profit d’un bus.

Retard doublement problématique

Pour Annemasse et Saint-Julien, des subsides fédéraux sont acquis, atteignant 40% de la note. Le tram d’Annemasse a reçu cet appui sous l’égide du premier projet d’agglomération (PA1). Il aurait dû être réalisé en 2014 mais ne sera inauguré que l’an prochain. Lauréate dans le cadre du deuxième projet d’agglomération (PA2), l’extension de la ligne 15 vers Saint-Julien aurait dû être bâtie entre 2015 et 2018, mais on n’a pas encore planté un clou. Le chantier se heurte à pas moins de 246 oppositions (lire ci-contre).

La Cour a calculé le taux de mise en œuvre des mesures cofinancées dans le cadre des deux premiers projets d’agglomération. «Il est extrêmement faible», relève Isabelle Terrier. À la fin de 2017, on évaluait ces ratios à 41% pour le PA1 (et ses chantiers qui devaient démarrer au plus tard en 2014) et 1,5% pour le PA2 (et des travaux dont le lancement était planifié entre 2015 et 2018).

Ce retard est doublement problématique. Tout d’abord, la réalisation des générations antérieures est, pour Berne, un critère lors de la sélection des nouvelles requêtes des agglomérations. Dans le cadre du PA3, dont la gestation est à bout touchant, la faible concrétisation des mesures offertes au Grand Genève a valu à cette agglomération de ne se voir financer que 35% du coût de ses projets, au lieu de 40%, dans la nouvelle génération.

Une manne périssable

Ensuite, c’est un fonds à durée limitée qui alimente les mesures des deux premiers projets d’agglomération: la manne fédérale promise sera définitivement perdue si rien n’est entrepris d’ici à 2027. Pour les chantiers français, des délais doivent aussi être tenus. Bref, la Cour évoque un «rattrapage important».

Cela laisse prévoir de grosses dépenses du canton pour financer sa part. Or la Cour a repéré un écueil: la loi genevoise fixe un plafond annuel de 70 millions de francs pour ces chantiers. Insuffisant Pour tenir le calendrier, la planification décennale prévoit des injections chiffrées à 90 millions l’an prochain, 160 millions en 2020, puis 130 millions durant chacun des trois exercices suivants. Et comme un malheur ne vient jamais seul, la Cour note que les services étatiques compétents n’ont pas les effectifs suffisants pour mener à bien la tâche.

Mercredi, comme s’il anticipait la publication du rapport, le Conseil d’État a évoqué, lors de sa séance, les projets de tram. Il annonce qu’il proposera sous peu au Grand Conseil de mettre à jour le plafonnement légal des investissements.

L’État a d’ailleurs accepté toutes les recommandations de la Cour. Celle-ci requiert que des projets majeurs soient désignés pour faire l’objet d’un suivi renforcé. L’équipe du projet d’agglomération doit être mieux intégrée au pilotage des chantiers de tram, ainsi que les collectivités locales concernées. Cela permettrait peut-être d’éviter que les communes se retrouvent parmi les opposants, comme c’est le cas sur le tracé du tram de Saint-Julien.

Une facture qui grossit

Celui-ci a vu sa facture passer au fil des ans de 190 à 292 millions de francs. Ce surcoût a plusieurs origines. Mais, pour près de la moitié, la cause provient d’une intervention du Grand Conseil qui, lors d’un vote effectué en novembre 2013 dans un climat surchauffé, à quelques heures de l’élection du Conseil d’État, a exigé un maintien total des capacités routières dans le sillage du chantier. Cela a accru le tracé de la ligne, augmenté son emprise foncière et nécessité de prévoir un contournement routier de Perly.

Les grands coups de volant politiques ne sont ainsi pas toujours opportuns dans ce type de projets complexes, impliquant des partenaires extérieurs au Canton. Le risque est de brouiller la vision stratégique et la cohérence du projet d’agglomération. La Cour cite l’exemple du projet de télécabine urbaine qui, mijoté durant la dernière législature, a été intégré au PA3, sans être inscrit au plan directeur cantonal ni avoir été discuté avec les partenaires de l’agglomération. On apprend ailleurs dans le rapport que le comité de pilotage transfrontalier du PA2 (dont dépend le tram de Saint-Julien) ne s’est plus réuni depuis 2014…

Bref, la coopération transfrontalière ne semble pas avoir été au mieux de sa forme récemment. Pourtant, au futur terminus haut-savoyard de la ligne 15, le maire de Saint-Julien se veut optimiste et évoque un nouveau climat: «C’est le jour et la nuit par rapport à la précédente législature, témoigne Antoine Vielliard. Serge Dal Busco (ndlr, le nouveau ministre genevois des Transports) connaît son sujet, il se propose d’aller à la rencontre des opposants à Perly et nous disposons désormais d’un rétroplanning détaillé. C’est du sérieux. Le calendrier est ambitieux, mais on peut y arriver.» (TDG)

Créé: 19.10.2018, 16h36

Étapes cruciales pour le tram 15

Sur les 246 oppositions lancées contre l’extension du tram 15, quelque 160 visaient la première étape de cette ligne, entre les Palettes et la zone industrielle de Plan-les-Ouates (ZIPLO). Trois quarts de ces oppositions ont pu être réglées lors d’un «premier tour de piste», a annoncé vendredi la Direction générale des transports du canton. Les oppositions visant la seconde étape (de la ZIPLO à Saint-Julien via Perly) commenceront à être traitées en novembre.

L’extension du tram 15 jusqu’à la ZIPLO devrait être en service en 2022, a annoncé le Conseil d’État dans le cadre de son point presse mercredi. À noter que la seconde étape devrait être lancée alors que la première n’aura pas encore été inaugurée. La tenue du calendrier a une incidence sur des projets connexes, a relevé la Cour des comptes vendredi. Dans ce cas précis, il y a un lien fort avec les projets d’urbanisation aux Cherpines, à Perly et Saint-Julien.

Autres échéances ferroviaires annoncées: le début de l’an prochain devrait voir démarrer le chantier de la prolongation de la ligne 14 de P+R Bernex à En Vailly, pour une mise en service prévue en 2020. Quant à l’extension de la ligne 15 de la place des Nations au Grand-Saconnex, dont le Canton a obtenu de justesse en septembre la réintégration au sein des mesures cofinancées par Berne dans le cadre du PA3, on prévoit des travaux dès l’automne 2022. Et on commence à songer à nouveau à une extension vers Ferney, via le tunnel sous le tarmac.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Le PLR repousse son vote sur la démission de Maudet
Plus...