François est le 3e pape à visiter le COE!

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Donc, le pape François s’en vient à Genève. Joie pour les uns, curiosité pour les autres, mais aussi mouvement d’humeur chez ceux qui s’estiment non invités et même exclus. Il y a sans doute une équivoque à lever. Le pape ne vient pas d’abord rendre visite aux Genevois. Il répond à une invitation du COE qui l’associe à la célébration de son 70e anniversaire. Accessoirement et en fin de journée, il célébrera une messe à Palexpo. Elle se déroulera hélas à guichets fermés. Les organisateurs ne pouvaient prévoir un tel afflux d’inscriptions. Prenons plutôt conscience, non de l’inédit de cet événement – François est le troisième pape à se rendre au COE – mais de sa signification.

Trois commissions, nées de trois scandales, ont donné naissance en 1948 au COE

Il n’y a même pas cent ans, l’un des prédécesseurs de François condamnait toute tentative de réaliser l’unité entre chrétiens divisés autrement que par le retour des dissidents à l’unique bercail dont l’évêque de Rome détiendrait lui seul la clé. C’était sans doute ignorer ou ne pas tenir compte des réelles motivations qui depuis la fin du XIXe siècle avaient mis en route de nombreux chrétiens, surtout de mouvance protestante, à la recherche d’unité chrétienne. Faut-il évoquer ces trois piliers qui se sont forgés au cours des temps et ont donné naissance en 1948 au COE? Trois piliers ou trois Commissions, nées de trois scandales qui n’ont pas cessé d’interpeller les chrétiens de ce temps.

Tout d’abord le scandale ressenti pas de nombreux missionnaires voués à prêcher aux «païens» le même évangile, non seulement en ordre dispersé, mais encore avec des accents contradictoires et même hostiles. Dès le départ le ver était dans le fruit et la mission chrétienne discréditée. Pour tenter de réduire ce mal, certains missionnaires se retrouvèrent par-delà leurs frontières confessionnelles, dans un «Conseil des Missions». À cela s’ajouta, après la guerre 14-18, la véhémente intervention de l’évêque suédois Nathan Söderblom. Horrifié par ce carnage «fraternel», Il rassembla des chrétiens de bonne volonté, dans le but de lutter sur le terrain en faveur de la justice et de la paix. Et ce fut la Commission «Vie et Action».

Enfin, vint la Commission «Foi et Constitution» dont le but, plus théologique, était de réexaminer les divergences doctrinales ou liturgiques entre chrétiens, dans l’espoir de les voir assis un jour à une table commune où leur seraient servis la même parole et le même pain.

Cette préhistoire aboutit en 1948 à la Conférence d’Amsterdam qui créa le Conseil Œcuménique des Églises, en confia sa gestion au pasteur hollandais Visser’t Hooft, son premier secrétaire général, et décida d’implanter son siège à Genève. Le COE précisa aussi ses critères d’appartenance: reconnaître la seigneurie du Christ; il ajouta plus tard celle du mystère trinitaire.

Si la plupart des communautés issues de la Réforme du XVIe siècle y adhérèrent, deux importantes Églises se tinrent à l’écart: le patriarcat de Moscou qui entraîna dans son refus les églises orthodoxes des pays faisant allégeance au régime soviétique et l’Église catholique romaine. Non que ces deux groupes, numériquement très importants, ne pussent adhérer aux critères d’admission établis par le COE, mais pour des raisons bien particulières.

L’Église russe était alors trop inféodée au Kremlin, en pleine guerre froide avec ses anciens alliés occidentaux, pour tenter un rapprochement vers eux. Elle ne fit le pas qu’en 1961 et ses sœurs d’Europe orientale la suivirent. Quant à l’Église de Rome, elle manifestait encore à cette date - préconciliaire - sa méfiance face à une institution qu’elle craignait de voir s’ériger un jour en «Super Église». Ce dont le COE s’est toujours défendu.

Sans oublier le courage des pionniers, comme le dominicain Yves Congar ou l’Abbé lyonnais Paul Couturier, ce fut le concile Vatican II qui renversa la vapeur et établit des relations suivies et approfondies entre l’Église catholique et le COE. Non que cette Église, du moins pour l’instant, y soit associée à part entière. Un des obstacles pourrait être le poids de sa représentativité au sein d’un organisme qui en 2016 comptait 348 communautés, mais dont le nombre total d’adhérents n’équivalait qu’à la moitié de ceux et celles qui par le vaste monde se réclament du catholicisme.

Le pape ne m’a pas fait connaître les propos qu’il va tenir à Genève. Il pourrait s’inspirer des trois piliers qui constituent le trépied du COE et celui du catholicisme aussi. Non pas créer un front commun pour combattre des adversaires de plus en plus nombreux et agressifs, mais rendre la prédication de l’Évangile plus crédible. Ce qui supposerait la conversion mutuelle des missionnaires qui quitteraient leurs étroites chapelles pour rejoindre sur le parvis des hommes et des femmes dont ils partageant les peines et les joies. (TDG)

Créé: 14.06.2018, 16h54


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