Des duels serrés en vue sur les grands travaux

MobilitéLe Grand Conseil s’apprête à discuter de la traversée du lac et des routes de Genève-Sud.

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Vous pensiez que la paix des transports régnait à Genève après que le canton eut trouvé un compromis sur la mobilité et placé le très centriste Serge Dal Busco à la tête des Infrastructures? Le avenir proche devrait vous détromper. De vifs débats guettent le Grand Conseil qui s’apprête à aborder plusieurs points chauds du domaine des déplacements, soit dès ce vendredi, soit au plus tard dans trois semaines. Les fronts en présence sont parfois mouvants et inattendus. Les scores s’annoncent serrés.

Premier point chaud: la traversée du lac. Inscrit dans la Constitution cantonale lors d’une votation populaire en juin 2016 (oui à 62,8%), ce projet de bouclement du périphérique via le lac et l’est du canton fait l’objet d’un crédit d’études. Le précédent Conseil d’État avait revu à la baisse les prétentions financières du ministre des Transports d’alors, Luc Barthassat, se contentant de 6,3 millions de francs. D’après le gouvernement, cette manne suffisait pour lancer de premières études d’avant-projet. Celles-ci devaient permettre de vérifier à Berne s’il est possible d’y obtenir une dérogation cruciale, visant à lever un péage sur l’ouvrage.

Une majorité composite de la commission des travaux, qui a étudié le projet de loi, a relevé la manne au coût total d’un avant-projet, soit 24,6 millions de francs. Ce relèvement avait été soutenu par la droite (sans l’UDC), le MCG et des voix socialistes. On s’attend à ce que l’assemblée plénière du Parlement se voie proposer un retour au montant requis initialement par l’Exécutif.

Des millions pour des études

Que fera le PS? Il fera taire ses voix dissidentes et votera contre le crédit d’études tout en soutenant la baisse de son montant. «Il y a déjà eu un crédit d’études en 2011 et d’autres recherches ont été effectuées depuis lors par l’administration et le conseil consultatif: cela doit suffire pour vérifier si Berne est prêt à cofinancer la traversée, ce dont nous doutons, argue Thomas Wenger, chef de groupe. Genève ne pourra jamais se payer seul une traversée du lac à 4 ou 5 milliards de francs.»

L’UDC persiste dans son rejet. «Nous sommes pour une traversée mais nous rejetons depuis longtemps la perspective d’un péage, rappelle Stéphane Florey, commissaire aux Travaux. Or l’idée du péage est centrale dans ce crédit d’étude.» Le MCG se dit ouvert à une discussion sur le montant du crédit. «On veut tenir compte des finances genevoises, mises à mal par le CEVA», explique François Baertschi, membre de la même commission.

Voilà qui, pour l’heure, laisse augurer un crédit rapetissé, obtenant une majorité de justesse. Dans ce cas, un référendum serait-il lancé? «A 24 millions, le référendum a tout son sens, mais ce sera plus difficile à expliquer si le montant n’est que de 6 millions, analyse le Vert François Lefort, président de la commission des travaux. À la droite de voir si elle veut faire le forcing pour le montant le plus élevé et nous pousser au référendum…» Un référendum que même l’UDC Stéphane Florey serait tenté de soutenir.

Qu’en dit-on au centre droit? «Une majorité du PDC veut voter les 24 millions car c’est le souhait du peuple», indique Guy Mettan, commissaire aux Travaux.

Des axes routiers contestés

L’autre gros point chaud porte sur une manne bien plus élevée: un total de 123 millions de francs pour refaire l’échangeur autoroutier de Lancy-Sud et le coupler à un chapelet d’axes routiers qui le raccorderait à la route d’Annecy et, de là, à la douane de Pierre-Grand. En commission, des fronts classiques se sont opposés: la gauche minoritaire est contre, la droite majoritaire est pour, avec juste une voix dissidente au MCG. Or les points de vue évoluent dans ce parti. «On a laissé la liberté de vote, mais une majorité de notre députation s’opposera, indique François Baertschi. Cette route va pomper les frontaliers du Salève jusqu’à l’entonnoir de la Jonction!» Dans une telle configuration, le projet pourrait devoir se satisfaire d’une majorité étriquée.

Si l’objet passe la rampe, la messe ne sera pas dite. Une coalition d’associations liées à la mobilité douce (ATE, actif-trafic) et à l’environnement (WWF, Pro Natura) annonce un référendum en cas de oui. Des riverains et des membres des autorités de Plan-les-Ouates — commune qui a exigé en vain que le tracé traversant son territoire soit totalement enterré — sont aussi prêts à réagir contre ce qu’ils appellent «un gouffre financier» et une balafre dans «une région abritant un paysage exceptionnel».

Les tenants du projet louent, eux, une infrastructure susceptible de canaliser le trafic. Lequel s’éparpille dans des petits chemins résidentiels, empêchant d’y développer les transports publics.

Le sort de la télécabine de Bardonnex à l’aéroport via Plan-les-Ouates et Bernex est par ailleurs en train de se jouer. Le projet a été refusé de justesse en commission (par le PLR, l’UDC, le MCG et Ensemble à gauche), mais compte le PS, les Verts et le PDC parmi ses soutiens.

Créé: 28.02.2019, 17h29

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