«Christian Cudré-Mauroux n’est pas seul responsable»

Manifestation sauvage Un rapport dédouane en partie l’ex-numéro deux de la police en pointant d’importants dysfonctionnements organisationnels.

Le rapport ne se prononce pas sur la dégradation du chef des opérations lors de la manifestation sauvage du 19 décembre.

Le rapport ne se prononce pas sur la dégradation du chef des opérations lors de la manifestation sauvage du 19 décembre. Image: LAURENT GUIRAUD.

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Une fuite du rapport de la sous-commission de contrôle de gestion du Grand Conseil a mis le feu aux poudres ce week-end. Selon différents extraits publiés dans les médias, il accorde le bénéfice du doute à Christian Cudré-Mauroux, ex-numéro deux de la police genevoise, pour sa gestion de la manifestation sauvage du 19 décembre. Ses conclusions suggèrent que l’ancien chef des opérations ne serait pas le seul responsable de la mauvaise gestion des événements.

Pour mémoire, une enquête administrative avait relevé des manquements importants de sa part avant, pendant et après cette nuit d’émeute à Genève. Et conduit à la dégradation de Christian Cudré-Mauroux, le 22 juin. Il lui est notamment reproché d’avoir dissimulé des informations capitales en amont et maintenu, après les événements, une version erronée des éléments en sa possession. Des accusations toujours contestées par l’intéressé.

Dysfonctionnement général

Le rapport de la sous-commission fustige l’organisation globale des opérations, en pointant d’importants dysfonctionnements au sein de la police genevoise et du Département de la sécurité et de l’économie (DSE), dirigé par Pierre Maudet. Sans pour autant se prononcer sur la dégradation de l’ancien chef des opérations, prononcée le 22 juin par la Conseil d’Etat. La nuance est de taille et agace, tant du côté des commissaires que du DSE. Car l’interprétation des extraits du document par Léman Bleu semble induire un droit à la réhabilitation du fonctionnaire destitué.

«Notre mandat concernait uniquement la gestion des événements de la nuit du 19 au 20 décembre, insiste la députée socialiste Nicole Valiquer, déplorant le peu de sens éthique des personnes ayant divulgué ce rapport sous embargo. Quant aux extraits circulant déjà, je ne me prononcerai pas. Je n’en aurais d’ailleurs pas le droit.» Les conclusions et les recommandations de la sous-commission seront en effet officiellement présentées à la commission puis à la presse ce lundi.

Son collègue PDC Bertrand Buchs abonde dans ce sens: «Nous reviendrons aussi sur l’interprétation erronée de nos conclusions, assure l’élu, hésitant à réclamer le dépôt d’une plainte pénale. Le rapport a été envoyé à 17 heures, et à 18 heures il était sur Internet! C’est inadmissible.» Le MCG Daniel Sormani n’est guère plus bavard.

Du côté des services de Pierre Maudet, sérieusement tancés par les trois députés, on refuse aussi de commenter des fuites d’un rapport encore confidentiel. Mais on regrette l’amalgame. «Il faut dissocier les événements du 19 décembre et la décision prise par le Conseil d’Etat à l’encontre de Christian Cudré-Mauroux, suite à une enquête administrative, d’ailleurs toujours frappée d’un recours, précise Caroline Widmer. La commission n’était pas mandatée pour évaluer la dégradation de ce fonctionnaire, mais bien le déroulement des événements de la nuit des émeutes.»

Mauvaise communication

Concrètement, que révèle ce rapport? Il critique principalement l’organisation générale de la police, dépassée le 19 décembre. En matière de partage d’informations, il déplore que Christian Cudré-Mauroux n’ait reçu que des informations de manière orale avant les faits. Et estime que les chiffres concernant le nombre de manifestants supposés ont connu «une amplitude qui ne permet pas une juste adéquation des moyens». Des points qui relèveraient d’une «distorsion manifeste dans l’analyse entre gens du terrain et la hiérarchie».

La non-compétence au maintien de l’ordre de certains policiers engagés ce soir-là est aussi constatée. Tout comme un manque d’effectifs à la centrale d’engagement cette nuit-là. La politique de Pierre Maudet sur les heures supplémentaires de la police est également pointée. Ainsi qu’«un climat de tension et de malaise» au sein du DSE, provoqué par la destitution du chef des opérations.

Autant d’éléments dédouanant partiellement Christian Cudré-Mauroux dont se réjouit son avocat. «Nous attendons le dépôt du rapport pour en commenter les conclusions, précise d’emblée Me Eric Maugué. Mais ce qui a été relayé ce week-end met enfin la lumière sur ces événements et réhabilite mon client.»

L’avocat rappelle le recours lancé en juin contre la décision de dégradation de son client et précise qu’un autre sera déposé demain contre son affectation comme chargé de mission à l’Office cantonal de la protection de la population et des affaires militaires.

(TDG)

Créé: 04.09.2016, 20h29

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