Au lendemain de la tempête, les Eaux-Vives tentent d'évaporer

IntempériesDe nombreuses caves sont inondées. Les commerçants comptent leurs pertes. Ayant assuré plus de 500 interventions, les pompiers croulent encore sous les demandes. Parcs fermés. Musée d'art et d'histoire touché.

Ce dimanche matin au parc La Grange.

Ce dimanche matin au parc La Grange. Image: Marc Moulin

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C'est un calme trompeur qui règne sur les très ensoleillées Eaux-Vives ce dimanche matin, une quinzaine d'heure après qu'un orage d'une rare violence a balayé Genève. De prime abord, seul le ballet incessant des sirènes et la présence de nombreuses motopompes révèlent le caractère inhabituel de la situation.

Mais la tempête de la veille est sur toutes les lèvres. «Il n'y en a eu que pour quelques minutes et ensuite j'étais sur mon scooter sous le soleil, nickel», raconte cette jeune femme à un ami. Mais les intempéries ont été moins indolores pour d'autres.

«Près de 80 cm d'eau»

La rue des Eaux-Vives est ponctuée de nombreux camions rouges à sémaphores et on ne rigole pas dans les arcades. Au San Marino, on panosse à tour de bras. «On avait près de 80 cm d'eau dans la cave et tout ce qui se trouvait à cette hauteur est perdu», confie le restaurateur. Un peu partout, on a bu la tasse.

Plus loin, au 47, un kiosquier attend toujours qu'on vienne lui assécher son sous-sol inondé. Il estime ses pertes entre 10'000 et 15'000 francs. À côté, le café du Jura garde le moral: on avait de l'eau jusqu'à mi-cuisse dans la cave, mais elle abritait surtout des bouteilles. En face, le dépanneur redoute la panne s'il pénètre dans son local souterrain: «C'est dangereux à cause de l'électricité, on a eu 20 centimètres d'eau et on a perdu cinq ans de déclarations fiscales qui y étaient entreposées.»

Au coin de la rue Merle-d'Aubigné, la pizzeria reprend du service tout en auscultant sa réserve en sous-sol. «Hier soir, on s'est occupé prioritairement des clients, comme on le fait depuis 40 ans, affirme le tenancier. Un ami a trouvé le moyen d'évacuer l'eau d'un seul coup. On va faire une estimation des dégâts et on appellera l'assurance lundi.»

Café et renforts

Au coin de la rue des Vollandes, deux sapeurs volontaires de la Ville de Genève s'abreuvent d'un café tout en envisageant sérieusement de se l'administrer par intraveineuse. «On a travaillé toute la nuit et il reste à faire, mais il va tout de même falloir dormir un peu», confie l'homme en uniforme, pendant que la pompe assèche les sous-sols d'une commerçante sinistrée.

Un peu plus loin, les véhicules sont venus de Satigny. «On est là depuis 7 heures ce matin pour prêter main forte, notre commune n'ayant pas été touchée, confie le sapeur volontaire. On restera là tant qu'il le faudra, ceux de la Ville ont fait toute la nuit, ils sont sous l'eau, c'est le cas de le dire!» Rue du Rhône, on croisera d'autres véhicules de secours venus de l'aéroport et de Versoix.

Parcs martyrisées

Les parcs du quartier ont souffert sous la grêle. Au Jardin anglais, d'énormes branches jonchent encore les pelouses parsemées de végétation hachée, évocatrice d'une persillade. Il paraît miraculeux que la tempête n'ait pas fait davantage de victimes. La police cantonale confirme qu'elle n'a pas eu connaissance de blessés au sol. Rappelons qu'une femme a en revanche péri samedi en fin d'après-midi à la suite du naufrage d'un bateau de plaisance au large de la Belotte.

L'allure de pesto prévaut aussi sous les frondaisons martyrisées du parc La Grange. En haut du domaine, la villa de maître a eu chaud. Un énorme marronnier s'est abattu de tout son long dans sa cour, laissant un gouffre sous ses racines et la cîme de l'arbre frôlant la vénérable façade.

Créé: 16.06.2019, 11h11

Secours sur la brèche, parcs fermés

Les appels continuent d'affluer au Service incendie et secours de la Ville de Genève ce dimanche matin, au lendemain de l'orage dévastateur qui s'est abattu sur le canton samedi vers 17 h, accompagné de grêle et de précipitations atteignant 31 litres par mètre carré – bien trop pour que les égouts puissent tout évacuer, si bien qu'ils ont reflué.

«Plus de 500 interventions ont été menées depuis hier soir, résumait peu avant midi le commandant du SIS Nicolas Schumacher. On a reçu quelques 2500 demandes dans les quelques heures qui ont suivi la tempête, avec parfois jusqu'à 50 appels simultanés. Notre centrale, comme celle de la police, ont été débordées. Tous les moyens disponibles ont été engagés mais il a fallu prioriser les interventions.» Une intervention dans une clinique ou un arbre obstruant une chaussée ont ainsi eu préséance sur une cave inondée.

Tous les pompiers professionnels du SIS ont été engagés, ainsi qu'un détachement des professionnels de l'Aéroport et tous les volontaires du canton. Cela représente de 250 à 300 hommes sur le pont. Il y a eu des interventions dans la plupart des communes, mais certaines étaient plus affectées: Lancy, Carouge, Collonge-Bellerive et Genève. Les Eaux-Vives apparaissent comme un secteur particulièrement touché, confirme le SIS. Samedi soir, de gros moyens ont été concentrés sur les installations électriques, afin de prévenir une panne de courant majeure qui aurait aggravé la situation. Certains immeubles ont dû être "débranchés" momentanément afin de permettre les interventions.

La Ville de Genève a dû mettre en branle son plan de protection des biens culturels, alors que l'édifice principal du Musée d'art et d'histoire a subi des infiltrations et reste fermé ce dimanche. «Certaines œuvres sont atteintes», indique Nicolas Schumacher.

Le SIS vient par ailleurs d'ordonner la fermeture des parcs municipaux, en raison des risques persistants de chutes d'arbres ou de branches, fragilisés par la tempête. «Il faut éviter ces prochains jours toute promenade dans les parcs ou les forêts», recommande le commandant.

À midi moins le quart, 24 demandes restaient en liste d'attente au SIS, mais les requêtes continuaient d'affluer. «Nous sommes conscients que les gens ont dû attendre, mais tous les moyens disponibles ont été engagés, souligne Nicolas Schumacher. La police et les services techniques comme ceux des SIG ont également effectué un travail considérable.» M.M.



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