A Rive, une mutation urbaine à haut risque politique

AménagementLes requêtes pour bâtir un parking souterrain et aménager une zone piétonne sont lancées. Mais le projet reste controversé.

Ce que Rive deviendrait. 
Servant tantôt de banc, laissant tantôt le passage libre, un anneau de béton trônerait au centre du rond-point de Rive, qui serait surplombé par des placettes arborisées.

Ce que Rive deviendrait. Servant tantôt de banc, laissant tantôt le passage libre, un anneau de béton trônerait au centre du rond-point de Rive, qui serait surplombé par des placettes arborisées. Image: DR

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Pour l’heure, ce sont deux énormes piles de plans, rapports et paperasse qui viennent d’être déposées au Département cantonal de l’aménagement. Mais l’imposant volume de ces deux requêtes en autorisation de construire donne la mesure du chamboulement envisagé à Rive. Le double projet du parking Clé de Rive, à creuser sous la rue Pierre-Fatio, et de piétonnisation du quartier refait donc surface, deux ans après le résultat du concours d’urbanisme. Et il promet de faire encore beaucoup parler de lui après déjà huit ans de polémique.

C’est en effet en 2009 que l’Exécutif de la Ville a proposé ce deal politique: une zone piétonne autour de Rive, prolongeant le périmètre des Rues-Basses, contre un nouveau parking souterrain. Celui-ci comprendrait, sur six niveaux, 498 places pour les voitures (dont une centaine réservée aux habitants abonnés) ainsi que 388 places pour motos ou scooters.

Le principe d’une exacte équivalence des stationnements pour automobiles créés en sous-sol avec ceux qui seront supprimés en surface lie les deux requêtes en cours d’instruction. «Les autorisations ne peuvent être délivrées que conjointement», explique Isabelle Charollais, codirectrice du Département municipal des constructions et de l’aménagement. Le projet s’inscrit dans la droite ligne du principe de compensation des parkings supprimés, que le Grand Conseil a inscrit dans la loi cantonale en 2012.

Les deux dossiers détaillent avec méticulosité où et quand on biffera des cases à l’air libre. Et combien. Tout d’abord, 200 d’entre elles disparaîtront dans le périmètre du projet de réaménagement et dans certaines rues adjacentes qui seront elles aussi piétonnisées même si aucun plan de remodelage des chaussées n’y est encore conçu (voir l’infographie). Quant aux 298 autres stationnements automobiles, ils seront effacés dans divers points d’un espace plus large, allant du cœur des Eaux-Vives (rues des Vollandes et Maunoir) jusqu’à la Treille. Souvent, cela permettra d’ouvrir de nouveaux itinéraires cyclables. Il s’agira aussi d’ajouter des voies de circulation au boulevard Helvétique et à la rue de la Scie, afin que ces axes supportent le report de trafic dû à la piétonnisation voisine (jusqu’à 8800 véhicules de plus par jour). Un autre objectif est d’alléger une artère arborisée, comme le cours des Bastions: le poids des voitures nuit aux racines.

Stationnements strictement compensés

Une attention est portée au stationnement des habitants. Une centaine de places leur sont réservées dans le futur ouvrage souterrain alors que, dans les rues, on prévoit de peindre en bleu 86 places blanches. Les résidents garderont ainsi les mêmes possibilités de parking. Motards et scootéristes, eux, ne bénéficient pas de la même protection de la loi cantonale que les automobilistes: ils perdront 584 places gratuites en surface, soit 196 de plus que celles, payantes, gagnées en sous-sol. Mais la Ville n’exclut pas d’en créer de nouvelles en marge du périmètre.

Comptabilité d’épicier? Dans un climat toujours latent de guerre des transports, l’équivalence numérique des pertes et des gains fait figure de clé de voûte du projet. «Dans ce dossier titanesque et très complexe, je suis persuadée que le strict respect de cet équilibre est une condition indispensable pour le mener à bien, déclare Isabelle Charollais. Telle qu’on l’a conçue, la procédure n’offre aucune marge pour s’en éloigner. Tout écart constituerait un risque pour ce projet. Or un projet qui échoue représente une dilapidation des deniers publics. Genève a une chance à saisir pour améliorer grandement la qualité de son espace public dans un site névralgique de la cité.»

Un crédit à demander au Conseil municipal

Au-delà de la démarche administrative des autorisations de construire, le projet fera bientôt son retour dans l’arène politique. C’est un partenaire privé qui se chargerait de bâtir et exploiter le parking. Il offre en outre trois millions de francs pour aider la Ville à remodeler l’espace public avoisinant. Mais ce coup de pouce ne suffira pas. Le chiffrage du coût de l’aménagement est encore en cours, mais on parlait de 27 millions à l’époque du concours. Pour réaliser ces espaces publics, le Conseil municipal sera donc bientôt saisi d’une demande de crédit. L’assemblée devra aussi se prononcer sur des questions foncières, notamment l’octroi au partenaire privé du droit d’utiliser le domaine public de la Ville. Octroi que le Grand Conseil devra aussi avaliser. Toutes ces décisions peuvent être attaquées par un référendum.

Avec son dogme de stricte compensation dans le domaine du stationnement, le projet aborde ces écueils politiques comme un équilibriste. Mais, comme tout compromis, il risque d’être attaqué par deux fronts antagonistes. Et ceux-ci s’échauffent déjà!

Référendum en vue

À gauche, les Verts apparaissent comme les adversaires les plus résolus. «L’assemblée du parti devra dire si un référendum s’impose, mais notre position de fond est hostile, résume Alfonso Gomez, président de la section Ville. Nous avons toujours exigé qu’au préalable soit réalisé un inventaire complet des parkings privés et publics de l’hypercentre, avec leur taux d’occupation et en incluant l’ouvrage prévu à la gare des Eaux-Vives. De plus, on examinera dans quelle mesure la nouvelle loi sur la mobilité pourrait dispenser de compenser la suppression de certaines cases en surface.» Voté par le peuple en 2016, ce texte autorise, dans une certaine mesure, d’omettre la compensation si l’abolition de cases fluidifie un mode de transport (en créant une piste cyclable ou une nouvelle voie de circulation).

Le TCS genevois, lui, s’apprête à examiner le projet lundi soir. Mais il exprime déjà des réticences. «La stricte compensation que prévoit le projet nous surprend quand on sait que les Eaux-Vives sont le quartier le plus sinistré en termes de pénurie de stationnement, soulève Henri-Pierre Galletti, directeur. Il est par ailleurs incroyable de réduire drastiquement le nombre de places pour deux-roues motorisés alors que le département s’est efforcé durant trois ans d’en créer pour pallier un manque criant, surtout à cet endroit. Quelle incohérence!»

Marché et promenade arborisée

Le projet d’aménagement en surface reste proche de celui présenté en 2015 au terme du concours. Seule grosse modification: on renonce à ériger une butte à l’extrémité nord de la rue Pierre-Fatio afin de préserver les vues, à la demande des protecteurs du patrimoine. Le tronçon principal de cette rue serait transformé en promenade arborisée. Celle-ci accueillerait les marchés qui se tiennent aujourd’hui sur le boulevard Helvétique. Cela mènerait à transférer les arrêts de bus sur la rue d’Italie, qui serait agrémentée d’un axe central arborisé. Ornées de plantations majeures, trois placettes seraient créées au bas du boulevard Jaques-Dalcroze.

Quant au centre du rond-point de Rive, il conserverait son édicule historique et accueillerait une boucle pour le rebroussement des trams, ceinte par un large cercle bétonné faisant par endroits office de banc, laissant ailleurs le passage libre. Le parking aurait ses entrées et sorties pour véhicules de part et d’autre de la rue Versonnex. Trois accès piétonniers sont prévus sur la rue Pierre-Fatio. Celle-ci accueillerait aussi des stationnements pour vélos. (TDG)

Créé: 09.11.2017, 17h24

Parkings et piétons, une saga politique

Juillet 2008: Le groupe Valartis dépose un projet, concocté dès les années 90 par le bureau d’architectes Cerutti, de parking sous la rue Pierre-Fatio. Nommé Clé de Rive, il concurrence celui, plus vaste, d’extension du parking sous-lacustre du Mont-Blanc.
Octobre 2008: Les Verts font aboutir une initiative municipale réclamant 200 rues piétonnes en ville de Genève.
Décembre 2009: A majorité de gauche, l’Exécutif de la Ville présente sa stratégie. En échange d’un parking souterrain à Rive, on prévoit une extension de la zone piétonne des Rues-Basses.
2010: Le Conseil municipal accepte les 200 rues piétonnes, mais sa majorité de gauche combat le parking. Les milieux économiques contestent les modalités de la suppression des places en surface.
2011: La nouvelle majorité de droite au Conseil municipal approuve le parking Clé de Rive. Le Conseil d’État lui emboîte le pas en novembre.
2012: Le Grand Conseil vote la loi obligeant à compenser les stationnements supprimés. Par ailleurs, le peuple de la ville refuse les 50 premières rues piétonnes voulues par les Verts.
2014: La demande préalable d’autorisation de construire du parking passe la rampe. Ses promoteurs signent une convention avec la Ville.
Novembre 2015: La Ville désigne le lauréat du concours pour l’aménagement en surface du quartier de Rive.
Octobre 2017: Les requêtes définitives d’autorisation de construire sont déposées.
2019-2022: Calendrier prévu du plus gros du chantier.

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