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Fête du théâtreGenève se fait une mégascène

Pour la 8e fois consécutive, les baladins envahissent la ville le temps d’un week-end d’octobre.

Rayon théâtre de rue, la Cie Tony Clifton Circus propose «Mission Roosevelt», un safari urbain en chaises roulantes.
Rayon théâtre de rue, la Cie Tony Clifton Circus propose «Mission Roosevelt», un safari urbain en chaises roulantes.
Magali Girardin

Frissonner. Se laisser toucher par le spectacle sous toutes ses formes. En zoomant sur un fragment de peau nue, c’est ce que promet à la population genevoise l’affiche de l’édition 2020 de la Fête du théâtre. Que toute personne recouverte d’épiderme, autrement dit, quels que soient son métier, son âge ou son genre, se sente la bienvenue sur l’un des nombreux sites accueillant, de vendredi à dimanche, plus de 60 propositions gratuites au total.

Pour le triumvirat des organisateurs – Margarita Gingins, Imanol Atorrasagasti et Joséphine Aymon-Reverdin –, le mot d’ordre, cette année, sonnait plus paradoxal. Rassembler. Protéger. Pour éviter le contresens, ils ont opté pour une cuvée Covid compatible, soit prolixe, mais aux jauges limitées. Cette version «à petit feu», composée avec les partenaires institutionnels, offrira, selon Margarita Gingins, «le luxe de ne pas se bousculer à plus d’une vingtaine». D’où l’obligation de s’inscrire en amont sur www.fetedutheatre.ch.

Les nouveautés 2020

La formule donnant accès aux pièces déjà programmées dans les diverses salles du canton est connue. Les habitués savent qu’ils pourront à prix libre profiter des représentations de «This is not a Love Song» à Saint-Gervais, d’«Encore une fois» au Crève-Cœur ou d’«Opus 1: Le futur c’est l’avenir» sur la Terrasse du Grütli. Ils se doutent également que des ateliers en pagaille – écriture, impro ou préparation de cocktails (!) – seront animés, qui par l’auteure Marie Fourquet, par les pros du Douze Dix-Huit ou par l’expert Bastien Semenzato. De même qu’ils s’attendent à la section «rencontres» – cet automne avec le puits de science théâtrale qu’est Philippe Macasdar, le non moins docte chantre de l’action culturelle Mathieu Menghini ou la voyante (!!) Yvette Borel, qui saura peut-être prédire l’avenir des arts de la scène. Enfin, les familiers ne seront guère surpris de pouvoir visiter, pour la dernière fois le vieux plateau de la Comédie, et pour la première le futur Théâtre de Carouge en chantier.

Les participants se verront en revanche agréablement désarçonnés par le virginal concept des «Walking Talks», ces conférences données en plein air par un spécialiste, chemin faisant, sur des thèmes tels que l’éclairage (Jonathan O’Hear, créateur lumière, départ sous le jet d’eau) ou l’histoire (Dominique Ziegler, auteur et metteur en scène, en marge de sa création «Helvetius»). Assurée au Cimetière des Rois, la digression de l’anthropologue Julieta Hanono ira même défricher un domaine aussi obscur que la cosmogonie du peuple qom, en Argentine.

Espéranto et handicap

Parmi ses coups de cœur, Margarita Gingins recommande la découverte d’un collectif d’artistes bernois inconnu du bout du lac, Bern Ist Überall – Partout, qui traverse la barrière de rösti pour veiller à l’insémination réciproque des langues française et schwyzerdütsch. Samedi après-midi, on sera ainsi projeté dans le centre de la capitale sans décoller du Théâtre Saint-Gervais, tant il est vrai que la notion d’étranger se module où que l’on se trouve. Pour les membres de la troupe, «Partout» établit un dialecte universel.

L’espace public sera parallèlement investi samedi par la compagnie Tony Clifton Circus et sa «Mission Roosevelt». Le pari? Sillonner la ville en fauteuil roulant, histoire d’éprouver l’urbanisme selon le point de vue d’une personne à mobilité réduite. Ni pitié, ni mépris, ni moralisme: l’expérimentation se vit comme une conquête ludique et joyeuse. Par ailleurs, aux Bastions, les deux performeuses de K&A exploreront au travers de «Gâme» le monde touffu des échecs, comme une allégorie de la société humaine. On ne négligera pas non plus la balade au MAH guidée par Isabelle Burkhalter, qui traque les questions de genres au creux des œuvres d’art du passé. Et pour ce qui est des spectacles dédiés à l’enfance, des répétitions publiques, des impromptus marionnettiques, des contes, créations sonores et autres enquêtes menées entre les murs du Grand Théâtre, on ira fissa consulter le programme en ligne.

Fête du théâtre 2020, du 9 au 11 oct., divers lieux, gratuit, rens. www.fetedutheatre.ch