Édifice et mode à GenèveQuand architecture rime avec poésie chez Dior
La nouvelle boutique Dior, signée Christian de Portzamparc, marque un temps fort pour la rue du Rhône.

Une fleur qui déploie ses six pétales gracieux, telles des étoffes destinées aux robes haute couture Christian Dior. La façade du 70, rue du Rhône à Genève, feu siège de la banque J. Safra Sarasin, est un rêve éveillé. C’est ici que la maison Dior a élu domicile. Et quel domicile! Monsieur Christian Dior l’aurait affectionné au premier regard. Tout est là. De son étoile porte-bonheur sur le rooftop aux salons privés en passant par la collection d’œuvres d’art, l’expertise des métiers d’art et même des esquisses croquées par le maestro en son temps.

La très chic mais non moins classique rue du Rhône est chahutée comme elle ne l’a pas été depuis vingt-cinq ans! Car le bâtiment de Christian de Portzamparc, premier architecte français à être récipiendaire du Prix Pritzker Pize, à qui l’on doit le Musée Hergé ou la philharmonie du Luxembourg et le flagship Dior de Séoul, détonne, voire provoque. Et c’est tant mieux. Ce nouvel écrin évoque non seulement celui de la capitale coréenne mais également le mythique 30, avenue Montaigne à Paris. Là, où tout a commencé.

Charles Delapalme, directeur général de Christian Dior Couture, commente: «La boutique a été conçue comme une succession de petits salons privés, un par étage et par catégorie. Chaque visiteur pourra trouver son univers favori. Plus on grimpe dans le bâtiment, plus les vues magnifiques sur le lac se révèlent.» Visitons donc ces quelque 700 m² déployés sur six étages, en accordant une attention toute particulière aux œuvres d’art qui ont été «curatées» avec soin ou spécialement commissionnées pour les lieux.
Visite ascensionnelle
La façade, d’abord. Christian de Portzamparc l’a pensée comme une ode aux savoir-faire d’excellence avec ses courbes longilignes qui s’élèvent vers le sommet dans un entrelacs onirique. Inspiré par Mondrian, il convie les pétales à encercler la structure de verre et de métal. Entre les voiles, les parois vitrées jouent avec la lumière. La nuit tombée, l’édifice prend des allures de lanterne magistrale, car l’éclairage vient se glisser dans les parois en résine.

Une fois en son sein, c’est une atmosphère calme et feutrée qui nous attend. Premier coup de cœur: le mur transparent qui traverse tout le bâtiment et qui présente les fameuses toiles blanches, celles par qui tout débute en couture; le premier acte de création en quelque sorte. À chaque étage, ses toiles. Au sous-sol, par exemple, des toiles masculines,car c’est ici, dans un mood très gentlemen’s club, que l’univers de l’homme designé par Kim Jones se dévoile.
Dans l’escalier, une toile signée Thomas Trum, ce jeune plasticien néerlandais amateur d’abstraction monochrome, laisse son empreinte sur chaque palier. C’est comme si des tissus et leur lot de fils s’étaient invités sur ces toiles au format peu conventionnel. Au premier étage, l’art est à l’honneur, avec une montre du Suisse Ugo Rondinone qui ne donne pas l’heure et la collection de sacs Dior Lady Art. Dans les niches, de l’origami en papier plié doré. Un travail aussi minutieux que délicieux. Au deuxième, c’est un salon consacré à la haute joaillerie et aux peaux exotiques qui prend la lumière. Dans cet espace ultra-luxueux, la créativité de Victoire de Castellane, directrice artistique de Dior Joaillerie, exulte. Au mur, on découvre un miroir à la frontière des fonds marins et de l’art déco. Il est de William Coggin. Et l’artiste suisse Pamela Rosenkranz est aussi à l’honneur avec ce que l’on pensait être des peaux de pythons nacrées mais qui sont en réalité du kirigami, une technique de découpe et de pliage du papier.

Rencontre entre ciel et lac
Plus haut encore, c’est le prêt-à-porter et la haute couture de Maria Grazia Chiuri, la créatrice de Dior Couture, qui prennent leur quartier. Dans le salon privé, une fresque immersive en soie sauvage revêt les parois. L’artiste qui l’a conçue est François Mascarello. Il s’est inspiré des paysages lacustres de Ferdinand Hodler et de Cuno Amiet, et offre sa vision du lac. Une table basse incrustée d’étoffes, un miroir Franck Evennou, le maître du bronze, une céramique de Véronique Rivemale, ode aux muguets, la fleur favorite de Christian Dior... Le souci du détail, la beauté du geste est partout.

Le graal nous attend au dernier étage. Là, au bout du grand salon tout en vitre où une toile travaillée au couteau par Dashiell Manley irradie la pièce, une terrasse surplombe la Vieille-Ville et le lac. L’étoile porte-bonheur de Dior semble faire un clin d’œil au Jet d’eau. C’est comme si Christian Dior était là.
Il faut dire que le couturier aimait beaucoup notre pays. Sa plus proche collaboratrice, Andrée Brossin de Méré, est née à Genève. Pour son défilé printemps-été 1954, il avait même conçu une tenue baptisée «Genève». Sa passion helvétique s’est transmise, tant dans les créations qu’à travers les collaborations, mais aussi les ouvertures de boutiques. La première ayant été inaugurée à Genève il y a soixante ans. Quelle plus belle façon de la célébrer qu’avec ce nouvel écrin?

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