Élection au Conseil d’État genevoisQuel développement du territoire les candidats veulent-ils?
Comment répondre à la crise du logement tout en garantissant la qualité de vie? Les principaux prétendants au Conseil d’État livrent leur vision.

- L’avenir urbanistique de Genève divise les candidats.
- Les propositions oscillent entre moratoire sur l’aménagement et densification mesurée du territoire.
- La transformation de la zone villas suscite des points de vue contrastés.
Pour ou contre les tours? Faut-il freiner le développement de Genève?
Alors qu’Antonio Hodgers s’apprête à laisser sa place à la tête du Département du territoire, quelles sont les visions des candidats au Conseil d’État portés par un parti ou un lobby?
Rémi Baudouï
Les milieux patrimoniaux ont lancé la fronde contre le «dogme de la croissance» et son corollaire, la «bétonisation» du canton et ses gratte-ciel promis au PAV, en la personne de leur candidat, Rémi Baudouï.
Il propose un moratoire d’un an sur l’aménagement, afin de «se donner un temps de réflexion et de consultation démocratique». Pour favoriser «un retour vers une sobriété écologique», le candidat entend freiner le développement économique de Genève, en répartissant mieux les entreprises et donc les emplois dans le Grand Genève. La zone villas? Pas touche.
Rémy Pagani
Rémy Pagani (Union populaire) se dit aussi «absolument» contre les grandes tours. Mais il entend «sortir Genève du corset qui bloque son aménagement et la construction de logements bon marché». Comment? En construisant en zone villas. Il propose ainsi, lui aussi, un moratoire d’un an, mais «pour mettre sur la table des propositions à discuter notamment avec les associations de défense des propriétaires de villa: transformation de la zone villas en zone de développement, exercice systématique du droit de préemption lors de la vente de parcelles, densité maximum de 1,6, contrôle des loyers et augmentation de la part des logements bon marché de 20% à 50%.» Les propriétaires de villas et leurs héritiers, dit-il, y trouveraient leur compte, car le changement de zone leur permettrait de construire beaucoup plus de logements.
Nicolas Walder
Le Vert Nicolas Walder plaide pour un développement cohérent: selon lui, la croissance des emplois doit être corrélée à la qualité de vie qu’on souhaite.
«Je n’ai pas de dogme, dit-il. S’il faut diminuer la densité pour améliorer la qualité de vie, on réduira la densité.» Il se déclare favorable à réduire «légèrement» la croissance du Canton en augmentant un peu la fiscalité, tout en assurant qu’il se pliera à la politique voulue par le Conseil d’État. Mais il prévient: «Une bétonisation du territoire devra être assumée de façon collégiale.» Et si Genève décide de ralentir la construction de logements, mais pas son développement économique, alors «il faudra négocier la construction de logements en France voisine et y développer les transports publics pour amener les travailleurs frontaliers». Le candidat promet de construire plus de logements, mais plus accessibles et abordables, et davantage en mains publiques.
Lionel Dugerdil
L’UDC Lionel Dugerdil relève qu’«à court terme, si l’on veut préserver la zone villas et suivre la hausse démographique en offrant des logements abordables, il faut construire de manière ambitieuse. Les grandes tours sont donc un mal nécessaire.»
Mais «les 12’000 logements prévus au PAV ne suffiront pas, il faut donc voir à long terme, sur cent ans, en ayant une vision globale entre les départements de l’économie, des finances et celui du territoire. Ce dernier ne doit plus être la dernière roue du carrosse devant gérer les conséquences des options prises dans les autres départements.» Si on ne maîtrise pas la croissance, avertit-il, «Genève deviendra une Singapour, et ce n’est pas ce que je souhaite. Cela dit, que veut la population? Elle devrait une fois pouvoir se prononcer en votation.»
Xavier Magnin
Pour Xavier Magnin (Le Centre), «il faut continuer de construire afin de loger la classe moyenne et faciliter l’accès à la propriété. Les tours, qui vont modifier la skyline de Genève, sont incontournables, si l’on veut loger tout le monde.» Elles sont bien adaptées pour accueillir de la mixité sociale, qui est une priorité, considère le candidat. Pour ériger des quartiers qualitatifs, il insiste sur la nécessité de les concevoir dans leur globalité, en prévoyant des commerces, des maisons de quartier, des écoles, une vie de quartier qui nécessite d’avoir une masse critique d’habitants.
Le PAV permettra d’accueillir 12’000 logements sur les 30’000 qui manquent, poursuit-il. Pour le reste, «il faut travailler en partenariat avec les communes qui savent où et comment il est possible d’urbaniser leur territoire». La zone villas offre une «marge de manœuvre», mais elle devra être en partie épargnée, ajoute-t-il.
Il propose encore de favoriser la transformation de bureaux en logements et de restreindre les logements en Airbnb.
Enfin, il n’entend pas réduire l’attractivité économique de Genève et donc sa croissance, mais il plaide pour une véritable planification du territoire à l’échelle du Grand Genève pour mieux répartir logements, mobilité et services. Quant aux entreprises, à la France de se rendre attractive, si elle le souhaite, dit-il.
Maikl Gerzner
Maikl Gerzner (MCG) constate «la tension entre la nécessité de densifier et urbaniser le territoire et celle de préserver le paysage, la nature et le patrimoine. Concilier ces besoins relève d’un exercice d’équilibriste.»
Il s’agit donc d’actionner tous les leviers, mais «de manière mesurée». Ainsi, «la hauteur est un mal nécessaire, mais la ville ne doit pas devenir raide à faire peur. En effet, la densification ne doit pas être anarchique.»
Et avant d’empiéter quelque peu sur la zone villas, il faut d’abord avoir épuisé la solution des transformations de bureaux en logements et celle des surélévations, appuie-t-il.
Faut-il ralentir la croissance pour que Genève puisse continuer à respirer? Pas forcément, répond-il, car simplifier les procédures permettrait de suivre le rythme en termes de logements. Il propose aussi de raccourcir les délais de recours et que les multiples préavis soient délivrés par une ou deux commissions seulement, qui réuniraient les intérêts des multiples entités consultées actuellement.
Il craint que le nombre de nouveaux emplois ne diminue en raison du licenciement de milliers de collaborateurs de la Genève internationale et de la concurrence de l’intelligence artificielle.
Enfin, pour que les logements soient accessibles, il défend la création de coopératives, mais «sans copinage».
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