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Figure de la politique à Genève
L'ancien conseiller d'État Philippe Joye est décédé

Philippe Joye Architecte Dipl. EPFZ SIA et ancien conseiller d'état du canton de Geneve
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Dans le landerneau politique, on l’appelait «Babar», personnage fétiche qu’il a toujours affectionné, au point qu’il en arborait fièrement le nom. Affecté dans sa santé depuis de nombreuses années, l’ancien conseiller d’État PDC Philippe Joye nous a quittés mardi à l’âge de 82 ans, a appris la «Tribune de Genève».

Chef éphémère et controversé du Département des travaux publics de 1993 à 1997, il s’était alors battu sans relâche pour réaliser une traversée lacustre, un grand pont suspendu de préférence, reliant le Vengeron à Collonge-Bellerive. En vain: le 9 juin 1996, la population avait très majoritairement refusé la traversée de la rade.

L’ambition d’ériger un pont, pour lequel cet architecte de profession a travaillé des années, a sans conteste été le bébé politique de Philippe Joye… bien au-delà de ses quatre ans comme magistrat cantonal.

Au début des années 2010, il annonçait encore à qui voulait l’entendre qu’il était en mesure de financer cet ouvrage dans le cadre d’un partenariat public-privé. Or, le projet n’avait plus le vent en poupe, la Confédération privilégiant dorénavant l’élargissement de l’autoroute de contournement.

Du PDC au MCG

Espérant pouvoir relancer sa chère traversée lacustre, Philippe Joye tente de faire un come-back politique. Or, son parti ne souhaite pas qu’il se représente au Grand Conseil. Le centriste choisit donc de rejoindre le Mouvement citoyens genevois (MCG), «par dépit».

Une défection qui aurait suscité une certaine tristesse au Parti démocrate-chrétien (PDC) – devenu aujourd’hui Le Centre – où l’ex-conseiller d’État entretenait de belles amitiés… mais où il a toujours été considéré un peu comme un franc-tireur.

Devenu député une première fois, sur les bancs du PDC, pour quelques mois seulement, en juin 1985, il retourne au Grand Conseil en juin 1988 comme vient-ensuite. Réélu en 1989, il y siège jusqu’à fin 1993, date de son élection au Conseil d’État, où il va diriger les Travaux publics durant un mandat. Puis il retrouve son siège de député en 2013, après avoir été élu sur la liste du MCG.

«Personnalité originale»

«Philippe Joye est sans conteste l’une des personnalités les plus originales de Genève, déclarait le MCG François Baertschi, à l’heure de célébrer sa fin de carrière, en décembre 2014. On doit à cet architecte des constructions parmi les plus réussies de notre canton, notamment l’UBS des Acacias. C’est grâce à lui que la bretelle autoroutière de Plan-les-Ouates a pu être achevée.»

François Baertschi regrettait aussi que «ce visionnaire au projet innovant de pont sur le lac n’ait pas été suivi…»

Outre son destin politique, Philippe Joye était profondément ouvert aux autres, toujours prêt à raconter une blague… et à faire le baisemain aux dames!

Cravates avec des éléphants

Il disposait également d’une formidable collection de cravates très originales et colorées, avec des éléphants et des animaux, héritage d’un parent qui était un cravatier réputé à Paris.

Philippe Joye aimait particulièrement raconter un fait d’armes, son défilé mémorable devant la troupe militaire qu’il commandait, juché sur un éléphant tel Hannibal. Ce défilé original avait, paraît-il, énervé au plus haut point la hiérarchie militaire. C’est ainsi que son surnom de «Babar» a été acquis pour la postérité.

Martine Brunschwig Graf a connu Philippe Joye dans sa jeunesse à Fribourg. Elle avait 10 ans, lui en avait 20 et leurs familles se connaissaient. «Nous nous sommes retrouvés à Genève, sur les bancs du Grand Conseil de 1984 à 1993, lui siégeait pour le PDC et moi pour le Parti libéral, puis au Conseil d’État de 1993 à 1997.»

Philippe Joye laisse le souvenir d’un bâtisseur, estime Martine Brunschwig Graf. «On lui doit la transformation du Bâtiment des Forces Motrices (BFM) en salle de spectacle. Elle a pu être utilisée ensuite lors de la rénovation du Grand Théâtre.» Un projet rendu possible grâce à la participation financière du mécène Guy Demole que le défunt avait convaincu. «La réalisation du BFM n’aurait pas eu lieu sans Philippe Joye. Il laisse une trace importante sur le plan culturel!»

Raymond Loretan, lui, rend hommage à une personne «qui avait toujours beaucoup d’énergie, d’idées et d’initiatives. J’en garde le souvenir de quelqu’un de positif et de constructif. Je l’ai connu dans les années 1990. Il était conseiller d’État et moi, secrétaire général du Parti démocrate-chrétien suisse. Philippe Joye était lui aussi membre du comité central du parti.»

Raymond Loretan a présidé la commission pour la traversée du lac instituée par Luc Barthassat quand ce dernier était conseiller d’État. Il affirme que cette idée de traversée que l’on doit à Philippe Joye «reste actuelle». Collaboration: JMO et RAR

Séparé de son jumeau

Philippe Joye a connu une terrible histoire durant son enfance. Lui et son frère jumeau sont nés dans la nuit du 4 juillet 1941 à l’hôpital de Fribourg. Lors de cette nuit, son frère est échangé avec un autre bébé, et pendant six ans, il vivra avec Paul, qu’il pense être son frère, alors que son jumeau vit dans une famille germanophone qui l’a nommé Ernstli.

En 1947, les deux jumeaux se retrouvent côte à côte, et la ressemblance frappante ne laisse aucun doute sur l’échange. À la suite de difficultés administratives, puis d’un test de compatibilité d’une greffe de peau, la justice décide que les deux enfants échangés doivent réintégrer leur foyer. Les parents Joye laisseront à leur fils le choix de son prénom, et il choisira celui de son oncle, Charles.

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