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Campagne électoraleGenève - je t'aime moi non plus ou la mésentente cordiale

La campagne électrique pour l’élection complémentaire au Conseil d’État rend inaudible le débat d’idées.

Combo des affiches des candidats pour l'election complementaire au Conseil d'Etat, avec en haut de g. a. d: Pierre Maudet (Libertes et Justice Sociale), et Michel Matter (Vert'liberaux), au centre de g. a d: Fabienne Fischer (Les Verts), Cyril Aellen (PLR), et Morten Gisselbaek (Parti du travail), en bas de g. a. d.: Yves Nidegger (UDC), Yann Testa (PDB), et Olivier Pahud (Evolution Suisse) photographiee, ce mercredi 3 mars 2021 a Geneve. L'election complementaire au Conseil d'Etat genevois provoquee par la demission de Pierre Maudet verra s'affronter huit candidats le 7 mars prochain lors du premier tour. Cinq candidats, dont le demissionnaire, sont en lice a droite contre deux a gauche et un outsider. (KEYSTONE/Salvatore Di Nolfi)
Combo des affiches des candidats pour l'election complementaire au Conseil d'Etat, avec en haut de g. a. d: Pierre Maudet (Libertes et Justice Sociale), et Michel Matter (Vert'liberaux), au centre de g. a d: Fabienne Fischer (Les Verts), Cyril Aellen (PLR), et Morten Gisselbaek (Parti du travail), en bas de g. a. d.: Yves Nidegger (UDC), Yann Testa (PDB), et Olivier Pahud (Evolution Suisse) photographiee, ce mercredi 3 mars 2021 a Geneve. L'election complementaire au Conseil d'Etat genevois provoquee par la demission de Pierre Maudet verra s'affronter huit candidats le 7 mars prochain lors du premier tour. Cinq candidats, dont le demissionnaire, sont en lice a droite contre deux a gauche et un outsider. (KEYSTONE/Salvatore Di Nolfi)
keystone-sda.ch

Cette manière si genevoise de se déchirer, de s'affronter de façon stérile en adoptant des postures, en jetant l'anathème sur ceux qui pensent différemment m'afflige depuis dimanche soir. Notamment sur les réseaux sociaux tout devient dogmatique, tout devient gesticulation, tout devient idéologique. Tout devient finalement sujet à calcul. L'émotion prend le pas sur le rationnel. S'agissant du véritable débat d'idées, il devient inaudible car très vite, les Fouquier-Tinville de tous bords tirent à vue. Les mots perdent leur sens, la raison semble faire défaut et pendant que les uns et les autres fourbissent leurs armes et comptent leurs troupes, on perd de vue le fait que nous vivons à Genève comme en Suisse et dans les pays qui nous entourent, une crise sans précédent depuis la fin brutale des Trente glorieuses. Les préoccupations quotidiennes des Genevois semblent reléguées en touche.

Dans le contexte de la pandémie de la Covid-19, les gens sont chamboulés et les réponses concrètes aux situations dramatiques que vivent de nombreux concitoyens sont parfois ressenties comme étant en deçà des attentes, par exemple dans le milieu de la restauration et de l'hôtellerie. Ce n'est pas une critique mais un constat. Et pendant ce temps, chacun tire l'épée ou se précipite sur la calculette dans la perspective du second tour. La droite se fracture et se déchire. Sur les réseaux sociaux, un ami fidèle m'a même écrit que Genève vit une page noire de son histoire. Mais en matière de pages noires, l'histoire est têtue et il y en a eu bien d'autres, nettement plus graves qui ont secoué la République. Il suffit de lire le récent et superbe ouvrage publié aux éditions Slatkine “Dans la tourmente d'un siècle 1914-1929” signé Bernard Lescaze, Pierre Monnoyeur et Serge Pasquier. Pour n'en citer que quelques-unes : L'affaire de la Banque de Genève en 1931, la mortelle fusillade de novembre 1932, l'affaire de Plan-les-Ouates de 1975 et le terrible drame qui suivit avec perte de vie humaine, le scandale IOS peu après… Genève s'en est toujours remise... mais en revanche, Genève peine toujours à éviter d'irrémédiables fractures entre des visions politiques différentes. Le sens du bien commun se perd et c'est ce qui m'interpelle. Le 30 décembre 2013, sur la Treille, j'avais eu l'occasion de m'exprimer à l'occasion de la cérémonie marquant le bicentenaire de la Restauration genevoise. En fin d'allocution, je formulais ces quelques souhaits en pensant à notre chère Genève :

"Quitter le mode du je t’aime moi non plus et celui de la mésentente cordiale, deux attitudes qui caractérisent trop souvent les rapports qu’entretiennent les Genevois entre eux et envers leurs autorités. Deux postures de défiance qui sapent les énergies et freinent la réalisation de tant de projets pourtant nécessaires au bien de notre collectivité. Avoir le souci du bien commun et faire preuve de respect et de tolérance les uns envers les autres. " À voir le spectacle que donne la politique politicienne qui caractérise Genève depuis dimanche soir et la valse des calculettes, je me dis que j'étais bien naïf dans mon propos.

Les autres billets de Claude Bonard à lire ici : D’histoire en histoires

3 commentaires
    Héraclite

    Avant de voter, il serait avisé de lire dans son intégralité (98 pages) le rapport Fonjallaz sur les compétences de chef de l'ancien CE resp. du DDE