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TémoignagesGenève inspire des lettres d’amour et de désamour

La journaliste Valérie Bierens de Haan tend la plume à une soixantaine d’amis de notre canton qui l’aiment un peu, beaucoup…

Une page éloquente du livre «Lettres d’amour et de désamour à Genève» (Éditions Slatkine).
Une page éloquente du livre «Lettres d’amour et de désamour à Genève» (Éditions Slatkine).
DR

Borges, Dostoïevski et de Traz. Trois grands écrivains, le premier argentin, le deuxième russe et le troisième genevois, qui chacun a son mot à dire sur Genève. Valérie Bierens de Haan les cite en ouverture du livre «Lettres d’amour et de désamour à Genève», paru cet automne chez Slatkine. Jorge Luis Borges dit que de toutes les villes, Genève est la plus propice au bonheur. Robert de Traz affirme que c’est une ville où nul homme n’est étranger. Quant à Fiodor Dostoïevski, il compare la cité du bout du lac à Cayenne: «Cette ville est une horreur», clame-t-il.

Amour, désamour, voilà entre quoi oscillent les sentiments des gens auxquels Valérie Bierens de Haan a demandé une lettre. Habitants actuels ou anciens de notre ville, ils remplissent le volume de leurs souvenirs, de leurs aspirations, de leur amour le plus souvent. Amour intact ou amour déçu. Soixante-huit signatures de personnes pour la plupart d’âge mûril y a aussi quelques jeunes, dont une poétesse de 10 ans et une étudiante de 21 ansqui ont relevé le défi de participer à cet ouvrage collectif. «Grâce au fait qu’il y a près de 70 auteurs d’ici, leurs proches s’arrachent le livre», remarque, amusée, leur coordinatrice.

Quête d’épistoliers

Valérie Bierens de Haan a une belle carrière de journaliste derrière elle, commencée à la «Tribune de Genève» à l’époque de Mai 68 et poursuivie jusqu’à sa retraite à la Télévision suisse romande. «Aujourd’hui je continue à travailler comme journaliste bénévole pour la Fondation Carrefour-Rue de Noël Constant. L’un des responsables est Vince Fasciani, un poète qui m’a donné l’idée d’écrire des lettres à Genève. Après la deuxième, je me suis dit que n’irai pas loin avec ça. Lors d’insomnies fructueuses, j’ai pensé que je pourrais en demander à des connaissances privées et professionnelles dont je savais qu’ils avaient des choses à dire sur leur ville. À ma grande surprise, tout le monde a accepté.»

«Je voulais un kaléidoscope représentatif de la société genevoise.»

Valérie Bierens de Haan

Valérie a bien quelques thèmes en tête quand elle commence sa quête d’épistolières et d’épistoliers. À l’arrivée, le contenu des lettres ne correspond pas toujours à l’idée qu’elle se faisait des centres d’intérêt de leur auteur. «Une politicienne m’a envoyé un poème, le premier qu’elle ait écrit», s’étonne la journaliste qui n’a refusé que deux lettres. Leurs auteurs ne parlaient que d’eux-mêmes et pas de Genève. «J’ai fait ma proposition à des gens assez différents les uns des autres, par leur origine, leur parcours de vie, leur milieu, leurs occupations professionnelles. Je voulais un kaléidoscope représentatif de la société genevoise

Son choix a donné l’occasion à la journaliste de rencontrer chaque personne ayant écrit une lettre: «De chacune j’ai brossé moi-même un portrait qui précède son texte. Heureusement que c’était en 2019. Si j’avais tardé, la crise sanitaire aurait sérieusement entravé mon projet. J’ai rédigé pendant le premier semi-confinement genevois. Aujourd’hui ces rencontres passionnantes et le travail qui a suivi me manquent. Ces auteurs de lettres si variés – anarchiste, chanteuse de rue, sans-abri, banquier, pasteur, rabbin, professeur de théologie, sculpteur, humoriste – m’ont tenu compagnie longtemps…»

Astronome chevronnée

Parmi les derniers textes du volume, puisque l’ordre alphabétique est de mise, il y a celui de Laurence Wagner. «Oui, Genève, je suis fâchée et je ne t’aime pas. S’il te plaît, reste loin de moi», conclut cette ancienne responsable de l’Usine, devenue directrice artistique du festival fribourgeois Belluard Bollwerk. On lira les raisons de ce rejet dans sa lettre. L’une des rares qui se terminent par une déclaration de désamour. Celle de Corinne Charbonnel est du lot. Astronome chevronnée, elle s’indigne d’avoir vu à Genève tant de talents professionnels féminins méconnus ou ignorés: «Au nom de chacune d’elles, je te dis la douleur de te frôler sans être reconnue. Et comme ultime geste je t’offre en récompense de ton superbe dédain tout notre désamour et le bonheur inouï de l’oubli de toi qui nous habite.»

Plus que du désamour, c’est plutôt la crainte de voir Genève trop changer qui nuance les élans passionnés de la plupart des auteurs. Ils se fichent bien qu’on puisse leur reprocher de verser dans le sempiternel «c’était mieux avant». Quant au metteur en scène François Rochaix, il a préféré écrire deux lettres, l’une très reconnaissante et l’autre plus amère, qui se termine par «Comme dit la chanson: Je t’aime encore plus quand tu n’es pas là…»

«Lettres d’amour et de désamour à Genève», textes rassemblés et présentés par Valérie Bierens de Haan, Éditions Slatkine, 325 pages.

1 commentaire
    Baron Samedi

    Bof... Genève, hein ? Il y a les écrivains qui en disent du bien, d’autres du mal. Mais il ne faut pas oublier ceux qui n’en disent rien du tout, sans doute parce que cela n’en vaut pas la peine. Céline, par exemple, qui y a vécu de 1924 à 1927, n’a jamais fait la moindre allusion à son propos...