«Genève doit reprendre la main sur son développement»
Parlant au nom du Conseil d'Etat, Antonio Hodgers dénonce les critiques du PLR Benoît Genecand sur la libre circulation.

Les critiques, dans ce journal, du PLR Benoît Genecand à l'encontre des effets de la libre circulation des personnes continuent à susciter des remous (lire notre édition du 3 mars). Le conseiller d'Etat écologiste Antonio Hodgers félicite ainsi le conseiller national d'admettre que le développement économique a aussi des impacts négatifs. En revanche, le Vert estime, tout comme l'ensemble du gouvernement, que la solution réside dans une ouverture maîtrisée et pas dans un retour à la Suisse des années 60.
Un PLR prêt à renoncer à la libre circulation et un Vert qui la défend. N'est-ce pas un peu le monde à l'envers?
L'originalité, c'est avant tout qu'un PLR dénonce la libre circulation. Parce que les Verts ont toujours soutenu la libre circulation des personnes. Non seulement comme outil pour notre économie, mais surtout car elle concrétise le droit individuel des Suisses et des Européens de se déplacer, que ce soit pour l'emploi, les études ou dans le cadre d'échanges culturels. Et on oublie un peu trop souvent que c'est un instrument de pacification de l'Europe. Enfin, un système qui promeut la libre circulation des capitaux sans celle des personnes est non seulement cynique, mais également voué à l'échec.
Qu'est-ce qui vous paraît le plus critiquable dans les propos de Benoît Genecand
Remettre en cause la libre circulation n'a rien d'original, puisque l'UDC soutient cette posture. Ce qui est inquiétant, c'est l'«UDC-isation» de certains PLR. C'est une vision passéiste de l'avenir, qui se matérialise par un repli teinté de nationalisme économique. On est dans le «c'était mieux avant». Cela peut rassurer certaines personnes âgées mais ferme des opportunités à la jeune génération, à l'image de la députation PLR qui vient de sacrifier 1000 logements aux Corbillettes destinés aux familles pour préserver 100 villas. Je constate qu'à l'heure d'un monde incertain, les propositions fusent pour revenir à une société passée. Alors que précisément, c'est vers l'avenir que nous devons regarder, sans angélisme ni fuite en avant. Cela dit, il est intéressant qu'un PLR énonce une certaine critique sur notre modèle de développement et sur la croissance infinie – mantra libéral s'il en est – même si sa réponse est inconsistante.
Et vous, quelles solutions proposez-vous?
Il faut reprendre la main sur notre développement. Le Conseil d'Etat souhaite conserver l'ouverture mais en l'accompagnant de mesures fortes: mieux cadrer le marché du travail et se doter d'une fiscalité plus équitable, favorisant moins les multinationales. Car en réalité, si l'on veut réellement réguler la migration, il faut agir sur les leviers fiscaux et économiques. En effet, la migration n'est pas une cause, mais une conséquence: c'est l'activité des entreprises, attirées par des conditions fiscales, parfois déloyales au niveau européen, qui a provoqué un tel afflux vers la Suisse. On a dérégulé l'économie, sans mesures d'accompagnement suffisantes, et le résultat évident est que le capital privé a été mieux servi que les travailleurs, la population et la nature. Il est temps de mettre l'économie au service de la population, et non plus l'inverse. A cet égard, le futur projet de réforme fédérale de l'imposition des entreprises serait une bonne occasion de le faire.
La population genevoise est aussi inquiète du développement du canton. Comment pouvez-vous la rassurer en tant que responsable de l'Aménagement et du Logement?
Genève n'arrive pas à loger un tiers des personnes qu'elle emploie. C'est une incohérence frappante entre politiques du logement et de l'économie. S'il y a autant de travailleurs frontaliers, c'est aussi parce qu'une partie de la classe active a dû aller se loger en France faute de pouvoir résider dans le canton. C'est ce qui explique les bouchons sur nos routes, de même que l'apparition d'un parti créé spécifiquement à partir de cette problématique. Reprendre la main sur notre développement, c'est donc aussi être capable de loger nos actifs, essentiellement des familles de la classe moyenne. Pour ce faire, nous devons faire en sorte que les nouveaux quartiers de Genève donnent envie d'y habiter grâce à leur qualité architecturale, leurs espaces verts généreux, leur mixité sociale et des loyers abordables, tout en préservant la zone agricole et en ne touchant que marginalement à la zone villas. Là également, nous avons besoin de régulation plutôt que de se laisser aller à stigmatiser les nouveaux arrivants.
Comment résumeriez-vous ce qui oppose votre vision à celle de Benoît Genecand?
Le monde change et il y a deux réactions possibles: le repli, qui nous mènera à l'isolationnisme et à une politique conflictuelle entre nations, ou une politique d'ouverture maîtrisée, basée sur une économie privée prospère mais domestiquée. de manière à assurer une réelle protection sociale. Cette politique suivrait des règles éthiques compatibles avec les standards européens, dont les Bilatérales font partie, et prendrait en compte les limites des ressources de la planète. Le Conseil d'Etat penche clairement pour la seconde option.
Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.











