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Paroles parolesFélix Maritaud l’anti-carriériste

Deux ans après l’intense «Sauvage», portrait d’un jeune prostitué à la beauté irradiante, filmé sous toutes les coutures par la caméra de Camille Vidal-Naquet, revoici le comédien dans «Jonas». «Le seul cadre qui m’enferme, c’est le gros plan», avoue celui qui s’assume comme un «acteur pédé».

Félix Maritaud, 28 ans, se définit ouvertement comme un acteur «pédé».
Félix Maritaud, 28 ans, se définit ouvertement comme un acteur «pédé».
GETTY

En 2018, à Cannes, dans la section de la Semaine de la critique, «Sauvage» créait l’événement et faisait souffler un parfum de soufre sur la Croisette qui en a pourtant l’habitude. Ce portrait sans concession d’un jeune prostitué qui se donne corps et âme à des dizaines d’amants de passage, parfois jusqu’à l’écœurement, tout cela pour se payer ses doses, révélait un acteur. Félix Maritaud. Une gueule, une beauté sauvage et irradiante, et un corps meurtri, filmé sous toutes les coutures par la caméra de Camille Vidal-Naquet, son réalisateur. Deux ans plus tard, c’est dans un téléfilm visible en ce moment sur Netflix qu’on retrouve le comédien, toujours aussi charismatique et intense. Pour faire le point avec lui, on le retrouve en visioconférence en plein confinement. Le tutoiement s’impose naturellement.

Dans une interview que j’ai pu lire sur le Net, tu disais que tu n’en avais rien à faire de ta carrière. Est-ce toujours le cas?

Cela signifie surtout que je ne suis pas carriériste. En aucun cas. Je ne me vois pas faire des mondanités ou changer mon intégrité pour avoir des rôles, c’est certain.

On peut supposer que le tournage de «Sauvage» a dû être éprouvant. Comment en es-tu sorti?

J’ai mis du temps. L’expérience du tournage et du film a été très organique. J’étais dans un don de mon corps du matin au soir. À la fin, on se sent abandonné, seul. J’étais épuisé et fragilisé. J’ai enchaîné avec le film de Yann Gonzalez, «Un couteau dans le cœur», dans lequel j’ai un petit rôle. Puis avec «Jonas» de Christophe Charrier. Donc je n’ai pas vraiment eu le temps de m’extirper de cette intensité. C’est il y a peu de temps que j’en suis enfin sorti. Ce film a été important car il a montré la réalité des travailleurs du sexe. Trois ans après le tournage, je reçois encore des messages de certains d’entre eux. En général, on ne filme pas aussi crûment sexe et drogue.

Juste après, «Sauvage» a été montré à Cannes, à la Semaine de la critique, où il fit un triomphe. Comment es-tu sorti cette fois non pas du film, mais du battage médiatique et promotionnel qu’il a engendré?

Une fois que le film sort, je considère que l’expérience que j’ai vécue ne m’appartient plus. J’avais l’impression que mon personnage était devenu intouchable et c’était assez rassurant. Je n’ai d’ailleurs jamais reçu un seul message de haine. Je sentais que l’accueil du film à Cannes serait intense. La pression est d’ailleurs montée quand j’ai appris sa sélection. J’ai même eu la grosse tête, à un moment, mais j’ai des amis extras qui m’ont tout de suite recadré.

Comment as-tu été choisi pour «Jonas»?

Après une rencontre avec le réalisateur. Il voulait d’abord faire le film avec quelqu’un d’autre, mais ils ne se sont pas entendus. Il a fini par me dire que j’étais le personnage. Il m’a demandé de jouer droit et direct. Je peux parfaitement comprendre les tourments de ce personnage.

Dans ce film, comme dans «Sauvage», il y a d’ailleurs un mélange de violence et de tendresse.

Pour moi, la violence fait partie de la nature. Une fleur qui éclot, un accouchement, c’est violent. Ces sentiments sont sans doute exacerbés par le fait que je suis artiste et engagé. En revanche, la violence des personnages ne m’appartient pas.

Quel type de rôles te propose-t-on depuis?

Certains réalisateurs m’ont projeté dans des personnages proches de ceux que j’ai déjà interprétés. Je ne me sens jamais enfermé, en ce qui me concerne. Je serai bientôt à l’affiche d’au moins trois films, et notamment dans des rôles de papa. Après, les acteurs sont souvent assimilés à des rôles qui se ressemblent. Huppert, Deneuve font toujours un peu la même chose, au fond. De plus, le fait que je sois très ouvert par rapport à ma sexualité, que je sois ouvertement pédé, implique qu’on me propose ce genre de rôles. Mais je peux te dire que le seul cadre qui m’enferme, c’est le gros plan.

Où sont tes limites?

Je n’en ai pas. Je me donne à fond. On l’a vu dans «Sauvage». Après, chacun vit sa vie comme il le veut.

On t’a aussi vu dans un spot contre l’homophobie.

Oui, pour l’association Urgence homophobie. Je l’ai fait pour les soutenir, c’est important. Je suis même plus radical qu’eux.

Dans quel sens?

Par exemple, j’utilise le mot «pédé» pour me définir. Si on me traite de sale pédé, je réponds en me marrant que je me lave. Sinon, je trouve que la victimisation des homos n’est pas très sexy. D’ailleurs, je n’aime pas la victimisation en général. Tant que je peux faire la fête avec mes potes et copines trans, qui sont bien plus fragiles que moi face à tout cela, je suis content. Je considère que j’ai de la chance, je n’ai jamais été victime d’homophobie.

Justement, peux-tu encore aller dans des fêtes sans qu’on te regarde comme une star?

On était déjà des stars avant, dans le sens charismatique, haha! La différence, c’est qu’on vient souvent me parler boulot. Mais ce n’est jamais malveillant.

Tu as également participé à des clips, comme récemment celui d’Igor Dewe, pour son morceau «Get Kinky».

Oui, et avant, j’avais tourné dans ceux de SebastiAn puis de Christine and the Queens. Pour Igor Dewe, ce n’était pas prévu. Je suis allé à la Biennale d’art à Venise, il tournait son clip là-bas. J’adore sa musique, j’adore la techno, donc j’ai dit oui tout de suite.