Débat de la rédactionFaut-il craindre une «disneylandisation» d’Évolène?
Un seul homme, l’entrepreneur Ernest Zaugg, a racheté une trentaine de biens dans le village valaisan mythique. Il les rénove pour les louer aux touristes. Deux journalistes de la rédaction confrontent leur point de vue.

Marie Parvex: Oui. Évolène n’est pas un «musée-boutique-hôtel»
Mais que va donc devenir la si belle Évolène? Une sorte de décor de façade, pour un «musée-boutique-hôtel»? C’est ce que laisse craindre la vente de 30 bâtiments en plein centre du vieux village à un seul homme.
Les déclarations de la Commune laissent penser qu’elle a démissionné, accordant les pleins pouvoirs «au marché» et à la propriété privée. De la même manière qu’elle cède son village historique à un seul homme, elle semble avoir abandonné la construction de sa future maison de santé, en attente depuis des années, aux mains d’un Anglais.
Or les autorités ont un rôle crucial à jouer pour attirer les fonds privés tout en leur donnant un cadre qui assure l’avenir du village, un compromis que les communes de montagne valaisannes ont eu bien souvent du mal à réaliser. Évolène a récemment mis en consultation les grands principes de son futur plan d’aménagement du territoire: «Éviter la muséification, densifier les centres, créer une vie qui attire les familles, déterminer des pôles touristiques», écrivent les urbanistes mandatés.
Mais rien n’y explicite une quelconque volonté politique d’assurer la mixité des populations locales et touristiques dans le centre d’Évolène, ni la manière dont ces intentions seront mises en œuvre. La liberté du marché est souvent l’excuse brandie pour que la collectivité publique ne remplisse pas son mandat. L’avenir nous dira si les ~Evolénards sauront trouver leur juste place au cœur de leur village.
Christophe Passer: Non. La vie trouve son chemin
Le val d’Hérens est un de ces endroits tellement magnifiques de notre pays qu’il vous fait songer à arrêter de voyager plus loin. Je me souviens parfaitement de la première fois où je l’ai découvert: je me suis demandé pourquoi j’avais jadis pris l’avion pour le Montana ou ailleurs. Car il y avait là, entre Évolène et Arolla, un mélange tout aussi particulier et puissant de barbarie montagnarde et de mystère ancien. Il n’y avait certes pas de Sioux ni de Cheyennes, mais certains vous assurent que la Raymonde, au cœur d’Évolène, a tout autant de personnalité. Et je suis plutôt d’accord.
Évolène. Cela ne date ainsi pas d’hier, cette vocation de petite merveille un peu confite dans son jus, mais je crois comprendre que pour les gens du lieu, parfois, ça pèse, que monte l’envie d’habiter un peu ailleurs, en dehors, laissant place aux touristes amoureux du romantisme alpin. Alors si quelqu’un qui aime cet endroit plus que ses habitants eux-mêmes décide de continuer à le faire exister, rachetant, rénovant, imaginant un avenir aux trop vieilles bâtisses, je n’y vois pas l’artificiel figé de la honteuse «disneylandisation», mais la vie qui trouve ses chemins de traverse: ceux d’Évolène demeureront sauvages.
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