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Lettre du jourFaire confiance aux indépendants!

Laurent Guiraud

Cologny, 7 janvier

La situation de crise où nous nous trouvons, bien malgré nous, montre toutes les limites de réactivité de notre système fédéraliste. Certes, nous avons un généreux filet social, en comparaison internationale, mais il s’avère peu souple en situation d’urgence absolue lorsque les décisions politiques n’anticipent pas suffisamment les besoins.

Si nos exécutifs ont su mobiliser, en un temps record, les milliards nécessaires (des contribuables) pour acheter des vaccins, le système s’avère incapable d’interagir rapidement lorsqu’il s’agit d’aider ceux qui forment le tissu économique sensible de notre pays. Oui, je parle de mon coiffeur, du petit café qui a investi des milliers de francs pour poser des séparations en plexiglas, à ses frais, et tous ceux qui déploient, au jour le jour, un trésor d’imagination pour rester en «mode survie», si cela s’avère encore possible.

Lenteur de coordination entre la Confédération et les cantons, lourdeur administrative, législative, il faut sortir encore et encore des ordonnances, et lorsque, après des semaines d’attente, ils reçoivent une compensation financière, elle ne correspond souvent pas aux attentes, et il est souvent trop tard. Or, l’aide peut être ciblée beaucoup plus vite sur l’urgence, comme le loyer, les assurances, les charges sociales impayées, si nous faisions davantage confiance à ceux qui en ont impérativement besoin.

Ce n’est pas de l’argent à fonds perdu car cette aide, du point de vue macroéconomique, mobiliserait aussi bien les comportements de consommation ou d’offres de travail qu’elle induirait. Il y aurait certes quelques abus, inhérents à tout système de protection sociale, mais cela resterait infinitésimal par rapport à toutes les demandes justifiées par un besoin impérieux.

Il ne s’agit pas de relancer les vieux débats sociétaux sur le revenu minimum garanti sous forme d’allocation universelle ou d’impôt négatif compensatoire, mais simplement d’ouvrir la voie à une simplification drastique d’octroi d’aide financière, temporairement limitée, pour couvrir les frais fixes des petits indépendants et d’éviter leur faillite. Nous avons le réseau suffisant pour le faire avec les syndicats, ou sous forme de guichets universels.

L’urgence est là, il faut mettre en œuvre la créativité pour accélérer tout le processus.

Christian Jost