Procès pénal à GenèveLe gérant et la faillite à 20 millions: «Il avait tout, il a tout perdu»
Mardi, la défense de l’ancien trader en devises a reconnu des erreurs mais rejeté l’escroquerie. Objectif: éviter la prison.

Après avoir été qualifié, lundi, de cow-boy de la finance, de trader à l’ancienne et roi de la magouille financière, le septuagénaire accusé d’avoir fait disparaître 20 millions de francs avec la faillite de sa société, a pu bénéficier d’un moment de soutien. Il a duré une heure trente, mardi matin, le temps de la plaidoirie de son avocat, Me Kevin Saddier.
Alors que la procureure a décrit le parcours délictuel de l’accusé pour réclamer une peine de prison de 3 ans, dont 6 mois ferme, la plaidoirie de la défense raconte une histoire tout autre. Celle d’un homme à la carrière «irréprochable» qui a enrichi ses clients durant cinquante ans. Jusqu’à l’effondrement des marchés le jour du Brexit, en juin 2016. «Un coup du sort qui ne lui était en rien imputable», soutient l’avocat de la défense.
«Seulement travailler»
De là à affirmer que l’homme de 76 ans a fait tout juste? Non. «Son tort a été de ne pas laisser partir en fumée cinquante ans de sa vie.» Car dans les mois qui ont suivi la déconfiture en bourse, l’administrateur de la société financière installée en plein centre-ville de Genève a «cru qu’il pouvait se refaire. Il voulait seulement travailler».
C’est ce qui expliquerait les relevés des comptes masquant les pertes de ses clients, entre juin 2016 et novembre 2017. Cela éclaire également sur les fonds supplémentaires qu’il a accueillis auprès de ces mêmes clients pour continuer de spéculer. Alors que le surendettement ne permettait aucune issue autre que la faillite, «il a eu le tort d’y croire. Ce n’est pas là de l’escroquerie, peut-être de la gestion déloyale», plaide l’avocat.
Pas de dessein d’enrichissement
Mardi, la défense avait une mission: éviter à l’homme de 76 ans l’incarcération réclamée la veille par le Parquet. Pour cela, il fallait démontrer qu’il n’a agi ni dans le dessein de s’enrichir, ni dans l’intention de nuire à ses clients. Me Saddier en veut pour preuve les vaines tentatives du trader en devises de renflouer les caisses après la débâcle, en prenant à son compte les pertes de ses clients et en vendant un bien familial. «Il avait tout, il a tout perdu», résume-t-il.
Le verdict des juges est attendu pour la fin de la semaine.
Vous avez trouvé une erreur?Merci de nous la signaler.



















