Passer au contenu principal

DiplomatieFace aux pressions étrangères, Pékin sort les crocs

Autrefois modérée, la diplomatie chinoise change de cap et répond désormais du tac au tac à ses partenaires occidentaux.

L’une des figures de cette génération de diplomates décomplexés est un porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Zhao Lijian.
L’une des figures de cette génération de diplomates décomplexés est un porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Zhao Lijian.
AFP

Aux prises avec l’Occident sur des différends de plus en plus nombreux, la Chine réplique désormais du tac au tac avec une diplomatie décomplexée et des «loups combattants» qui n’hésitent plus à sortir les crocs.

Les récentes sanctions occidentales pour des violations supposées des droits de l’Homme par Pékin dans sa région du Xinjiang et la question des musulmans ouïghours donnent du grain à moudre aux diplomates chinois.

Il est loin le temps où Deng Xiaoping, le numéro un chinois de 1978 à 1992, promouvait l’idée d’une diplomatie empreinte de prudence, préconisant selon un dicton ancien de «cacher ses capacités et attendre son heure». Le ton a résolument changé avec l’arrivée au sommet du Parti communiste (PCC), fin 2012, du président Xi Jinping, initiateur d’un progressif changement de cap.

Qu’est-ce que les «loups combattants»?

Le terme de «loup combattant» désigne notamment des diplomates chinois qui défendent à cor et à cri les positions de leur pays sur Twitter, un réseau social pourtant interdit en Chine. Ce surnom circule depuis quelques années dans le milieu de la sinologie, en référence au titre d’un film d’action chinois où un héros à la Rambo combat des mercenaires occidentaux.

Lors de la présidence américaine de Donald Trump, Pékin justifiait cette approche par les fulminations, pas toujours très diplomatiques, de l’ex-locataire de la Maison-Blanche. Depuis lors, de nombreux diplomates chinois investissent Twitter pour défendre, parfois avec véhémence, la position de leur gouvernement.

L’une des figures de cette génération de diplomates décomplexés est un porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Zhao Lijian. L’an dernier en pleine pandémie, Zhao Lijian avait provoqué une vive polémique en suggérant que des sportifs militaires américains avaient peut-être apporté le Covid-19 en Chine.

Pourquoi ce changement de ton?

Une réplique aux accusations d’alors de «virus chinois» de l’ex-président Donald Trump, qui affirmait sans preuves que le coronavirus avait peut-être fuité d’un laboratoire chinois. Nouvelle controverse en décembre avec l’Australie: sur fond de tensions avec ce pays, Zhao Lijian provoquait cette fois l’ire de Canberra pour un photo-montage controversé au sujet de crimes de guerre commis en Afghanistan.

L’image polémique, qualifiée de «répugnante» par Canberra, montrait un homme habillé en soldat australien, tenant un couteau plein de sang contre la gorge d’un enfant afghan.

L’arrivée à la présidence américaine de Joe Biden laissait entrevoir à Pékin l’espoir d’un retour à une relation plus apaisée entre les deux premières économies mondiales. Mais la première prise de contact sino-américaine de l’ère Biden a, au contraire, été marquée en Alaska par un discours de fermeté de part et d’autre.

Pourquoi les «loups» sont-ils à nouveau de sortie?

Le plus haut responsable communiste chinois pour la diplomatie, Yang Jiechi, s’en est ainsi pris vertement au secrétaire d’État américain Antony Blinken, pour le plus grand plaisir des milieux nationalistes en Chine. «Un discours musclé» qui «semble avoir enhardi les diplomates chinois pour se livrer à des remarques incendiaires», estime Mathieu Duchâtel, directeur du programme Asie au groupe de réflexion Institut Montaigne.

Une semaine plus tard, le consul général de Chine à Rio de Janeiro, Li Yang, qualifiait sur Twitter le Canada de «chien de garde des États-Unis» et interpellait le Premier ministre canadien Justin Trudeau avec un terme fort peu habituel dans les milieux diplomatiques: «mon pote».

Quant à l’ambassade de Chine en France, elle qualifiait de «petite frappe», «hyène folle», «troll idéologique» un chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), Antoine Bondaz, à qui elle reproche des positions «antichinoises».

Et maintenant?

Les pays qui dépendent du marché chinois «sont plus susceptibles d’être soumis» aux positions de Pékin, estime le politologue Chong Ja Ian, de l’Université nationale de Singapour. À l’inverse, les pays qui s’attirent déjà les foudres chinoises, notamment le Canada et l’Australie, sont plus enclins à s’adapter et résister, nuance-t-il.

Reste que Pékin peut aussi intensifier en ligne sa pression pour montrer ce qu’il en coûte de s’opposer à la Chine, prévient Mathieu Duchâtel. À condition toutefois de manier correctement les réseaux sociaux.

En septembre, un compte Twitter officiel de l’ex-ambassadeur de Chine au Royaume-Uni, Liu Xiaoming, avait «aimé» une vidéo pornographique. Un piratage, avait alors plaidé l’ambassade.

AFP

3 commentaires
    yum bang

    La Chine, la Russie, l'Iran et la Corée du Nord sont désignés comme des moutons noirs par l'administration américaine depuis longtemps. Avec la crise du Covid les préjugés se renforcent et les tons se durcissent. Dans cette guerre froide les pays occidentaux ont manqué l'occasion pour donner la chance à ces pays d'entreprendre des réformes politiques et pour sortir les pays pauvres de leurs difficultés.