«Les Marouflards», la websérie genevoise forte en carabistouilles

Située dans le Genève des années 30, la série humoristique raconte l’histoire de deux pieds nickelés, Jo et Dada, bien décidés à faire quelque chose de leur vie, quitte à flirter avec le syndicat du crime local. Quiproquos, phrasé loufoque et vieillot, mais aussi thématiques profondément actuelles forgent l’identité de cette production ambitieuse. Le premier épisode est à découvrir en exclusivité sur le site de la Tribune de Genève. Le second sera publié ici-même le 6 mars.

Disons-le franchement, Damien Rossini, réalisateur de la websérie Les Marouflards, n’a pas peur des «carabistouilles». La vérité historique du Genève des années 30? Il «s’en accommode», «fait au mieux». «Mais ce n’est pas l’idée, insiste le principal intéressé. Je ne suis pas dans le registre du documentaire, mais bien de la comédie.»

En l’espace de deux épisodes de quinze minutes, Les Marouflards raconte les aventures de deux frères - l’un Maure, l’autre adopté - plongés dans la Cité de Calvin de 1932 et bien décidés à faire quelque chose de leur vie, quitte à intégrer le syndicat du crime s’il le faut. Une histoire de bandits, de cavale, de journaliste enquêteur, mais aussi et surtout de quiproquos, de langage désuet et d’anachronismes, principaux ressorts humoristiques des aventures de Jo et Dada. «Avec un accent parigot des années 30, sourit Damien Rossini. Et un filtre sépia pour l’ambiance historique.»

«Pas de bégonia pour le cave»

Damien Rossini. Photo: G. Cabrera

Ainsi, les principaux protagonistes «tortillent du séquoia», s’en «circonfoutent les baligoines» et refusent de «se ranger des bicyclettes». Des expressions souvent inventées de toutes pièces, mais dont la signification ne souffre étrangement aucune incompréhension. «J’ai emprunté ce parler au sketch des Inconnus intitulé «Pas de bégonia pour le cave», raconte le réalisateur. L’idée est de remplacer les mots qui paraîtraient un peu trop classiques dans la bouche d’un acteur par une variation vieillotte.» «Marouflards» d’ailleurs, un mot inventé? Les dictionnaires en ligne parlent d’un «homme malhonnête», d’un «rustre». Le réalisateur, lui, préfère le sens de «combinard»: «Mais je l’avoue, à la base, je l’ai surtout choisi parce qu’il sonnait bien en bouche.»

Les scénarios des deux premiers épisodes ont été écrits en l’espace d’une journée et le tournage aura nécessité cinq jours. Un rythme de production rapide qu’affectionne particulièrement le Genevois. Une méthode de travail héritée, entre autres, des participations au 48 Hours Film Project, concours proposant aux candidats de réaliser un film en l’espace de deux jours. Damien Rossini faisait d’ailleurs partie de l’équipe lauréate du volet genevois en 2008 et 2011. «C’est dans ce festival que les Marouflards sont nés, confie le réalisateur. À la base, ils s’appelaient les Da Costa frères.»

Braquage dans un vieux tramway

Le rythme de production élevé comporte par ailleurs un autre avantage. Il permet de limiter les ressources financières nécessaires. Un budget estimé à 13 000 francs par épisode par le principal intéressé et qui comprend les salaires des acteurs, des techniciens, la création d’une bande-son originale - composée par Eric Bakhch-Pour - entre autres. «Le budget est conséquent, reconnaît le réalisateur, mais c’est le coût d’une entreprise ambitieuse.» Dans sa démarche, Damien Rossini a par exemple décidé de se tourner vers des comédiens avec qui il avait «rêvé de travailler», au rang desquels on compte, entre autres, Maurice Aufair ou encore Frédéric Landenberg. «Les deux premiers épisodes ont pu être produits à compte d’auteur, grâce aux efforts de tous, se félicite le vidéaste. Mais une suite ne pourra voir le jour sans un soutien du public, via un appel au crowdfunding (voir ci-dessous)

Et si moyens il y a, Damien Rossini et la société de production Cornland studio promettent de ne pas transiger avec leur ambition. Les scénarios des deux épisodes suivants n’ont pas encore été totalement écrits, mais la direction de l’histoire est connue. Un braquage dans un vieux tramway d’époque est à l’ordre du jour. Et le passage dans un bordel de la Vieille-Ville est envisagé. «Je rêve d’une scène qui se déroulerait aux Bains des Pâquis, ajoute le réalisateur. Mais pour ça, il faudra poursuivre l’aventure même au-delà des épisodes 3 et 4.» Car pour le moment, seule une fin ouverte est envisagée au bout du quatrième volet, pour une série qui devait à l’origine en comprendre huit. Pourquoi une si longue saga? «Dans Les Marouflards, il y a de l’humour certes, de l’action, mais aussi, je l’espère, une réflexion sur des thématiques actuelles. La place de la femme, le racisme, l’état de la presse sont autant de sujets qui prennent plus que quelques minutes à aborder.»

Pas de suite sans financement participatif

Si les deux premiers épisodes ont été produits à compte d’auteur, il n’y aura pas de suite des Marouflards sans soutien du public. Avec un budget estimé à 13000 fr. par épisode, le réalisateur Damien Rossini a décidé de se tourner vers le financement participatif pour lever les fonds nécessaires aux 3e et 4e volets de la série. «Un bon moyen de se frotter au verdict des spectateurs», insiste ce dernier. Durant 35 jours, toute personne intéressée est invitée à venir soutenir le projet sur la plateforme wemakeit.com. En fonction de l’investissement réalisé, les donateurs se verront récompenser de prix allant d’une place pour une projection à un spot publicitaire intégré dans un épisode et filmé selon le style de la série.