* 1: universaliste, 2: intersectionnel, 3: différentialiste, 4: pop, 5: Pro-sexe

Vous avez des affinités avec le féminisme différentialiste

Le féminisme différentialiste

Et vous? Faites le test

Pour les féministes différentialistes, hommes et femmes sont différents par essence. Elles cherchent à valoriser le corps féminin et les vertus qui en découlent, notamment celles amenées par le cycle menstruel et la maternité. Daniel Reiter/ Getty Images

«Les femmes sont le terroir de l’espèce, corps d’accueil, mémoire et généalogie de la ressource humaine, du capital pensant, qu’elles renouvellent et restaurent, grossesse après grossesse, génération après génération, sens, à la fois direction et signification, de l’Histoire dans le futur.»
Antoinette Fouque

Vous estimez que les différences biologiques entre hommes et femmes ont une importance prépondérante par rapport au genre socialement construit. En raison de leur capacité de procréation, les femmes, selon vous, portent en elles une série de qualités naturelles comme l’empathie, la protection, le soin, et la société bénéficierait de ces qualités. Vous pensez donc que le féminisme ne doit pas pousser les femmes à ressembler aux hommes, mais à revaloriser leurs qualités propres.

Pour vous, le féminisme devrait prendre le fonctionnement des femmes, lié notamment au cycle et à la maternité, comme point de départ.

Vous refusez l’idée que les femmes devraient s’adapter à une société pensée par et pour les hommes pour s’émanciper. Pour vous, l’émancipation passe par la responsabilisation des femmes elles-mêmes et l’affirmation de leurs désirs. Vous ne voyez pas dans la femme au foyer l’image d’une femme forcément soumise à un patriarcat.

Si vous appartenez à une génération marquée par les problèmes liés aux pilules de 3e et 4e générations, il se peut que vous ne considériez pas la pilule contraceptive, qui perturbe le cycle menstruel naturel d’une femme, comme émancipatrice. Vous tablez plutôt sur la symptothermie, une méthode naturelle de contraception et de conception. Vous chérissez le cycle comme une spécificité particulière des femmes et la source de leur puissance.

Actualités

À la fin des années 90, le candidat à la présidentielle Jacques Chirac rêvait d’un «salaire maternel», qui serait offert aux femmes choisissant de rester à la maison. L’idée est issue du féminisme différentialiste, dont la volonté est de donner de l’importance aux spécificités féminines, dont la maternité. Revenue sur le devant de la scène en 2015, cette idée de «salaire parental» a notamment été soutenue devant le Parlement européen par le Front national.

Chez la jeune génération, des idées découlant du féminisme différentialiste et couplées à un retour au naturel ont le vent en poupe. Le recul de la pilule n’est pas uniquement dû aux peurs des thromboses, mais bien à une volonté d’«arrêter de bouffer des hormones». L’augmentation de la pose de stérilet en cuivre est constatée, et l’intérêt pour la symptothermie est grandissant.La volonté de parler des règles «sans tabous», que l’on constate aussi chez les féministes pop, se retrouve chez les jeunes différentialistes avec une promotion de la coupe menstruelle (ou cup), plus écologique et moins «toxique» a priori que les tampons.

Quand arrêter la pilule devient la base du féminisme

Conseillère en symptothermie, Valentina Salonna encourage les femmes à s’émanciper en cultivant un féminisme particulier.

«Bonjour, je viens vous voir car j’ai décidé d’arrêter la pilule. Je ne veux plus imposer des hormones artificielles à mon corps.» Nous ne sommes pas chez le gynécologue, mais dans le cabinet lausannois de Valentina Salonna, yogathérapeute et conseillère en symptothermie. «La symptothermie, un mot trouvé par une sage-femme suisse, Claire Michelin, est une méthode naturelle d’observation du cycle, permettant de distinguer les périodes de fertilité», explique la Vaudoise, avec un accent italien chantant. En quoi la symptothermie varie-t-elle de la méthode ogino-klaus, basée sur le calcul des jours? «En plus de la prise de température matinale, la femme prélève son élixir avec ses doigts (ndlr: comprenez glaire cervicale) et palpe son col de l’utérus, qui est dur et fermé pendant les périodes d’infertilité et souple pendant les périodes fertiles.»

Ces mesures peuvent être compilées dans une application smartphone, accompagnant la femme, le temps qu’elle sache interpréter son cycle toute seule. En cas de doute, les femmes peuvent envoyer une photo de leur «élixir» à la thérapeuthe par message WhatsApp.

Le stérilet, une «excision symbolique»

Valentina Salonna a réuni quelques-unes de ses patientes autour d’une tisane «spécial femmes» pour l’occasion. Elles racontent comment l’arrêt de la pilule constitue le point de départ pour le féminisme qu’elles défendent. Comment, disent-elles, prendre conscience de sa puissance si l’on ne reconnaît pas ce qui fait la spécificité du corps des femmes, à savoir le cycle menstruel? Refuser de déléguer la gestion de sa contraception à la médecine et être capable de savoir quand on est fertile ou pas constitue, pour elles, le premier pas de l’émancipation.

Et le stérilet en cuivre, qui connaît un regain de popularité chez les femmes n’ayant pas encore eu d’enfants et désirant une contraception non hormonale? Ouvrant de grands yeux horrifiés, Valentina Salonna le compare à une «excision symbolique», bien «pire que la pilule»: «Oui, le corps peut à nouveau ovuler, mais le stérilet provoque une inflammation constante de l’utérus. Et si une fécondation a quand même lieu, il provoque une fausse couche, sans même que l’on puisse la différencier des règles normales.»

Inclure les hommes pour un féminisme apaisé

«Les femmes viennent d’abord me voir pour parler de contraception, poursuit Valentina Salonna. Puis on aborde peu à peu la connaissance de soi, l’indépendance professionnelle, la relation avec les hommes, la volonté, ou non, d’avoir des enfants, etc. Le cycle n’est pas uniquement relié à la procréation, mais à l’énergie et la puissance féminine.» Le but de s’intéresser à son cycle? Que la femme «vive sa légende, en harmonie avec elle-même et avec l’homme», sourit la thérapeute.

Mariana Marietan, en formation pour devenir enseignante de yoga, souligne l’importance qu’a joué son conjoint dans son cheminement: «Quand j’ai arrêté la pilule, mon copain ne m’a pas demandé pourquoi. Ça lui semblait légitime de vouloir en finir avec les hormones. C’était précieux de me sentir soutenue, ça m’a permis d’éclore.» La thérapeute souligne que la réaction du compagnon est déterminante dans l’apprentissage de la symptothermie: «L’homme est impliqué dans l’observation du corps de sa compagne, et devra tenir compte autant qu’elle de ses jours de fertilité, si le couple ne veut pas d’enfants.»

Le féminisme qu’elles défendent toutes doit «tenir compte des hommes». Helena Pibiri, thérapeute en orthobionomie et enseignante d’aviron et de hula-hoop, donne son avis sur les débats féministes qui ont enflammé l’actualité ces derniers mois: «On peut faire beaucoup plus en sortant de ces prises de tête, en reconnaissant et en respectant simplement les hommes et les femmes dans ce qu’ils sont. Le militantisme est un formidable levier, comme le mouvement #metoo, qui permet de changer les choses. Mais je trouve que les débats féministes restent dans un dogme et mènent à une guerre des sexes.»

Mariana Marietan résume: «C’est en apprenant, dans l’amour, la beauté du fonctionnement de son corps que l’on trouve la force, la confiance et la puissance pour émerger. Une fois épanouies, nous pouvons apporter la réelle force féminine dont le monde a besoin aujourd’hui.»

«Il faut que les femmes expriment leur désir des hommes»

Médecin, galeriste, ex-conseillère nationale libérale et essayiste, Barbara Polla soutien un féminisme de réconciliation.

«Je suis féministe parce que j’aime les femmes. Mais j’aime les hommes aussi. Or les relations hommes femmes sont plombées, depuis l’affaire Weinstein.» Barbara Polla, médecin, galeriste, ex-conseillère nationale libérale et essayiste est l’une des deux Romandes à avoir signé la Tribune des cent, auprès de Catherine Deneuve et Peggy Sastre. «Beaucoup d’hommes m’ont confié se sentir paralysés. Certains débats suscités par la Tribune des cent étaient absurdes: on nous a par exemple accusées de soutenir le viol… C’est absurde. Tout comme l’argument disant que Catherine Deneuve n’a rien à dire parce qu’elle n’a jamais pris le métro.»

Sortir du stéréotype prédateur-proie

Le remède Polla pour «revivifier» les rapports hommes-femmes et sortir de l’agressivité? «Si les femmes exprimaient leur désir, cela permettrait aux hommes de se sentir désirés», ce qui casserait selon la Genevoise les stéréotypes de prédateur-proie. Elle cite une phrase de l’auteure Belinda Cannone, qu’elle a faite sienne: «Le jour où les femmes se sentiront autorisées à affirmer leur désir, elles ne seront plus des proies.» Mais que veut dire «affirmer son désir» pour Barbara Polla? «Ce n’est pas toucher le sexe des hommes qui passent, évidemment. Mais se vivre comme un sujet désirant plutôt qu’un objet désiré défait le stéréotype de l’homme prédateur et de la femme victime. Quand on se sent désiré, c’est beaucoup plus difficile d’exprimer son propre désir de manière violente.» Elle regrette que les compensations post-#balancetonporc accentuent souvent la «position de victime». Elle est plus intéressée par une idée de conseils réunissant victimes et hommes accusés d’agressions sexuelles qui se régleraient au cas par cas, dans l’esprit de la Commission de la vérité et de la réconciliation en Afrique du Sud, à la fin de l’apartheid. «Si le féminisme devient plus dur, plus revanchard, l’agressivité générale augmentera. Les hommes vont se tenir cois pour se protéger, mais qu’est-ce qu’il va advenir de la pornographie violente, par exemple? Les effets négatifs d’un féminisme culpabilisant tous les hommes ne doivent pas être sous-estimés.»

«On ne peut pas nier l’importance du corps»

Comment se positionne-t-elle par rapport aux thèses de Judith Butler, qui met la différence homme-femme sur la construction sociale du genre? «Je comprends cette position, mais je suis médecin, et on ne peut pas nier l’importance du corps. La femme porte l’enfant dans son ventre. Ça ne peut pas être d’abord une construction sociale.» En revanche, elle ne nie pas les stéréotypes liés au genre, et voit dans «la mouvance arc-en-ciel des LGBT» un espoir pour la «paix des sexes», en ce qu’elle «casse» la différence sociale entre femmes et hommes: «On peut être autre chose qu’homme ou femme cisgenre. Toutes les possibilités de vivre autrement son rapport au sexe sont libératrices. Et encore une fois: la clé, c’est le désir, soit la manifestation de la vie même.»

Courants cousins

  • L’écoféminisme, un autre courant du féminisme différentialiste, présente des similitudes avec celui-ci, sans y être totalement affilié. Il met en lien les comportements de domination et d’oppression des femmes et le saccage environnemental par l’industrialisation.
  • Le féminisme radical, pouvant provenir de tous les types de féminismes, considère d’abord qu’il existe une oppression des femmes au bénéfice des hommes, soit un patriarcat, et qu’il doit être aboli par une opposition frontale. Les radicales proches des thèses différentialistes estiment que les femmes sont toujours considérées par rapport aux hommes, qu’elles soient idéalisées ou diabolisées, et que la déconstruction de ce patriarcat mental passe par la mise en valeur de la parole des femmes, par les relations mères-filles et par la création de groupes de femmes. Il peut parfois prôner la supériorité de la femme, en vertu des qualités qui seraient intrinsèques à sa nature.