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Expositions
Lee Ufan Arles ouvre deux conversations

Pat Steir,« Light on Water VI», 1990, technique mixte sur papier indien fait main.
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L’hôtel Vernon créé par Lee Ufan en 2022 a donné naissance à l’espace Lee Ufan Arles. Dans ce temple qui accueille des œuvres de l’artiste tout simplement bouleversantes, deux expositions éphémères, en lien étroit avec les inspirations et le monde cher à Mister Lee, sont en pleine effervescence. En effet, elles vernissent le lendemain de notre visite arlésienne. Au programme déjà, un tout nouvel espace: l’Atelier MA. Le terme se réfère à l’interstice, à ce qui sépare dans la philosophie coréenne. Rappelons ici que Lee Ufan est né en Corée, mais qu’il a émigré au Japon très jeune. L’artiste est donc très empreint des deux cultures. L’Atelier MA se trouve juste en face de l’hôtel Venon et accueille jusqu’au 12 janvier deux corpus d’œuvres sur papier de la grande plasticienne contemporaine américaine, Pat Steir.

Entre abstraction et représentation

«Pat Steir: Light on Water» ou comment Steir verse de la peinture à l’huile et de l’aquarelle sur du papier fabriqué à la main. L’artiste à tort peu connue en Europe et pourtant majeure aux USA explore la dimension conceptuelle, mais aussi la relation circulaire entre abstraction et représentation. La série des six dessins répond au célèbre corpus «Waterfall» commencé en 1989 et dans lequel elle fait tomber de la peinture sur toute la toile, l’abandonnant ainsi à son propre processus, soit à la gravité et au hasard. L’autre série date de 2005. Il s’agit d’œuvres à l’huile et à l’acrylique sur papier. Une seule marque ou un seul jet appliqué de manière intense est à voir. Pat Steir et Lee Ufan partagent sans nul doute le sentiment que les œuvres d’art ont une âme, que la matière doit pouvoir vivre. Elles sont composées d’un espace où les parties peintes et non peintes interagissent en résonance. Encore un terme cher à M. Lee. Les deux partagent aussi le plaisir des mots. Un élément central dans leur travail, comme la trace et le point, mais aussi la nature, l’eau en particulier, omniprésente chez Pat Steir et Lee Ufan. L’eau devient un sujet de recherche mais également un moyen de créer.

À l’étage de l’hôtel particulier, c’est «Shape-Space-Form-Faktura» qui vernit en parallèle. Cette exposition historique convie des artistes de l’avant-garde connus et moins connus. Lee Ufan a toujours été fortement inspiré par Kasimir Malevitch. C’est donc assez naturellement que Lee Ufan Arles a choisi de montrer des œuvres essentielles du courant suprématiste (1915-1925) et constructiviste (1917-1930).

Exploration des formes et des matières

C’est au commissaire d’exposition américain Matthew Drutt que l’on doit la curation. Ce spécialiste des avant-gardes est parvenu à regrouper une trentaine d’œuvres majeures, dont des pièces très rares. El Lissitzky, Gustav Klutsis, Henryk Berlewi et j’en passe ont en commun d’avoir abandonné la figuration en faisant appel à une imagerie abstraite subjective. Ils transcendent ainsi les identités nationales et les spécificités culturelles au profit d’un langage visuel universel. Celui-ci s’exprime par un ensemble de formes tel le triangle ou le cercle, et la texture des matières comme le bois ou le métal mélangé à du sable.

On parle de Faktura, soit de considérer la peinture pour ses propriétés texturales et non pas pour ses représentations. Les formes sont donc dépourvues de référence aux apparences et soumises aux lois de l’art et non de la nature. On sent littéralement la matière respirer même dans des lithographies. Malevitch parle de suprématisme, cet état de sentiments purs initié par l’agencement de formes minimales qui bouleversent l’idée d’imagerie narrative. «L’art est une matière comme une autre. Les artistes sont des ouvriers», explique Matthew Dutt. Lee Ufan écrit d’ailleurs dans «L’art de la résonance», à propos de Malevitch: «Son expression de la «peinture absolue», qui a dépassé le concept de la composition, est un événement révolutionnaire. Malevitch a réécrit l’histoire de la peinture…»

L’exposition qui est également à voir jusqu’au 12 janvier offre une grande histoire à petite échelle. Elle montre non seulement que les artistes d’autres pays ont influencé l’avant-garde russe mais que les aspirations suprématistes ont aussi été dépassées. Des matériaux industriels issus de la photographie et de la sculpture ont été utilisés de manière plus rationnelle, donnant ainsi naissance au constructivisme. Dutt insiste encore sur les nombreux écrits, lettres, livres et journaux qui circulaient entre les artistes. Ce, avant de nous remettre le journal ou plutôt le manifeste de l’exposition, justement.

Peter Laszlo Peri, «Space Construction 18», 1922.
Lajos Kassák, «Pictorial Architecture II», après 1924.
Pat Steir, «Untitled», 2005-2016.
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