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Le débat de la rédaction
Est-ce la faute des consommateurs si les agriculteurs peinent à gagner leur vie?

Un serie de panneaux de localites sont photographies a l'envers suite a une action de protestation des agriculteurs romands au sujet des conditions dans leur secteur faisant echo aux a divers actions en France et en Allemagne, ce dimanche 28 janvier 2024 a la Chaux, l'Isle, Cuarnens, Bavois, Orny et Ferreyres . (KEYSTONE/Valentin Flauraud)
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Marie Parvex: Non. Ce serait trop simple.

Les Suisses aiment leurs agriculteurs et personne n’est d’accord pour qu’ils vivent dans de mauvaises conditions. Mais dans les rayons du supermarché, combien seront-ils à choisir de donner leur argent par amour? L’expérience rappelle celle, bien connue en psychologie, des enfants seuls dans une pièce face à des bonbons qu’ils n’ont pas le droit de manger.

«Si les produits importés étaient payés au juste prix du transport et du travail, le choix du local deviendrait évident pour tous.»

Or le problème n’est pas la décision que prendra la majorité des consommateurs. Le problème, c’est le choix mensonger qu’on lui soumet. Acheter local est un acte altruiste, parce que le prix des tomates espagnoles est largement inférieur à leur véritable valeur. Si les produits importés étaient payés au juste prix du transport et du travail, le choix du local deviendrait évident pour tous, y compris pour notre porte-monnaie.

Ce mensonge du marché est la responsabilité de la société occidentale, de la grande distribution et des politiques à l’échelle européenne et suisse censées lui poser un cadre. L’Europe l’a fait dans le domaine énergétique en faisant monter le prix de la tonne de CO₂, rétablissant ainsi l’équilibre des prix avec le renouvelable.

Le système marche sur la tête et on voudrait que le consommateur reste sur ses pieds, bravant les publicités, les rabais et les soldes. Or, les consommateurs ne sont pas des héros du supermarché.

Marie Parvex, journaliste au «Matin Dimanche», et Florent Quiquerez, correspondant à Berne de la rédaction Tamedia.

Florent Quiquerez: Oui. Il faut être responsable

Derrière l’émotion que suscitent les manifestations agricoles, il y a quand même une belle dose d'hypocrisie. Car en Suisse, le consommateur fait tout le contraire de ce qu’il exige.

Payer plus pour du bio? Pas question. Sa part de marché stagne à 11%, alors que 39% des votants étaient prêts à l’imposer aux paysans lors de l’initiative contre les pesticides en 2021. Payer plus pour le bien-être animal? Pas question non plus. Récemment, Migros a dû renoncer à acheter des porcs élevés dans de meilleures conditions, faute de demande. Là aussi, on s’interroge sur ce que sont devenus les 37% de citoyens qui ont accepté l'initiative contre l'élevage intensif en 2022. Et on ne parle pas de la vente directe, qui, après un essor durant la pandémie, tire la langue.

«On peut s’étrangler contre les accords de libre-échange. Mais c’est oublier qu’ils sont aussi synonymes de places de travail.»

Alors, évidemment, on peut s’étrangler contre les accords de libre-échange. Mais c’est oublier qu’ils sont aussi synonymes de places de travail. On peut réclamer que l’État nous dicte quoi manger, impose des règles à la grande distribution et taxe davantage les importations. Mais c’est prendre le risque de pénaliser les plus précaires, qui comptent sur des produits meilleur marché.

Vouloir changer le système, c’est tentant, mais c’est quand même plus simple d’agir en consommateur responsable et accepter de payer plus pour ce qui est produit ici.

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