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L’éditorialEspagne: il est temps de lever le voile

Alors que l’Espagne compte ses morts et se prépare à affronter une nouvelle crise économique, les révélations sur l’argent caché à Genève par Juan Carlos I ne cessent de défrayer la chronique. La mise en lumière par la «Tribune de Genève» des 100 millions offerts par le roi d’Arabie saoudite à l’ancien monarque espagnol en 2008 a forcé son fils Felipe VI à se fendre d’un communiqué au mois de mars. Il y déclarait qu’il renonçait à son héritage et retirait la rente de son père. Cette annonce historique était censée couper court à un éventuel scandale national et sauver la crédibilité de la monarchie. Seulement voilà. Un deuxième don controversé vient ternir encore davantage la réputation de l’ancien souverain. Un cadeau de 1,9 million de dollars, offert par le roi de Bahreïn et que Juan Carlos I a apporté en espèces à Genève.

L’image de ce monarque se promenant dans la campagne genevoise avec sa valise remplie de dollars laisse pantois et soulève de nombreuses questions qui ne peuvent désormais plus être ignorées: combien y a-t-il eu de dons de ce type? Combien Juan Carlos I a-t-il touché en tout au cours de son règne et surtout pourquoi recevait-il de telles sommes? Alors que l’Europe s’interroge, en Espagne on ne se pousse pas au portillon pour répondre à ces interrogations. La maison royale se mure dans le silence. Les demandes d’ouverture d’enquête parlementaire sont systématiquement écartées par le Parti socialiste et le Parti populaire, soutenus par la formation d’extrême droite Vox.

Reste la justice. Rouvrira-t-elle l’enquête brièvement entamée en 2018 puis suspendue sur les soupçons de corruption touchant l’ancien souverain? Et surtout aura-t-elle les moyens d’élargir son investigation pour faire enfin la lumière sur le volet financier de ces trente-neuf ans de règne? Rien n’est moins sûr, mais pour la crédibilité de l’Espagne, on ne peut que l’espérer.