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Le livre de la semaine
Eric Laurrent s’est invité chez Gustave Flaubert

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Il ne doit pas être commode d’écrire avec Gustave Flaubert dans son dos, de sentir son œil impitoyable sur chaque mot qu’on s’aventure à poser. C’est sans doute ce qu’a dû éprouver Eric Laurrent (né à Clermont-Ferrand en 1966) en travaillant sur ce roman, «À l’œuvre», qui raconte l’écriture et la publication de «Madame Bovary». Prendre pour personnage une telle icône des lettres françaises: la partie était risquée, mais Eric Laurrent s’en tire bien. S’il joue malicieusement avec le style de Flaubert en lui adressant des clins d’œil, c’est sans prétendre l’imiter.

On connaît l’essentiel de cette histoire, qui figure dans tous les manuels scolaires: la longue gestation de «Madame Bovary», les tortures que s’est infligées l’auteur encore inconnu, l’ambition de faire tenir le livre par la seule force du style, puis l’infâme procès de 1857 pour atteinte «aux bonnes mœurs et à la religion». On n’est pas surpris non plus par l’étoffe du héros, qui ressemble ici à ce qu’en disent ses biographes: éternel ronchon, ours sentimental, gâteux avec sa nièce Caroline, dévoué à son cher ami Louis Bouilhet et bien sûr sensible aux charmes de la pétulante Louise Colet, mais préférant tout compte fait «la plume à la pine». Le plaisir de la lecture vient plutôt de l’immersion dans le monde social et matériel qui fut celui de Gustave Flaubert.

Ce monde-là, on le voit, on l’entend, on le respire. Eric Laurrent le décrit avec une profusion de détails, attentif au vêtement, au logement, au mobilier, s’attachant à la foule des objets (livres, pendules, bibelots, souvenirs rapportés d’Orient…) au milieu desquels l’écrivain se tuait à la tâche dans son ermitage de Croisset: on a presque l’impression de boire dans son verre et de dormir dans son lit. Flaubert, lui aussi, remplissait ses romans d’objets et il savait même les rendre mémorables. En général, les lecteurs de «Madame Bovary» se rappellent la casquette de Charles ou le bouquet de mariage d’Emma.

À lire: «À l’œuvre», Eric Laurrent, Flammarion, 416 p.

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