Épisode 1, sept jours avant l’alunissage

Comme en 1969 (1/7) 14 juillet 1969, cap Kennedy: «Nous sommes prêts à voler.» Un feuilleton sur les 50 ans des premiers pas sur la lune.

La une de la «Tribune de Lausanne» du 14 juillet 1969.

La une de la «Tribune de Lausanne» du 14 juillet 1969.

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Cette semaine, nous revivons le compte à rebours qui va du décollage de la fusée «Saturne 5» au premier pas sur la Lune, comme les lecteurs suisses de 1969 ont pu suivre cette actu. Les informations, citations, reportages et anecdotes que vous trouvez ici ont été puisés dans les pages de la «Tribune de Lausanne», l’ancêtre du «Matin Dimanche». Un feuilleton en 7 épisodes, où l’on retrouvera souvent notre envoyé spécial d’alors, le journaliste aérospatial Jacques Tiziou, auteur d'«À l’assaut de la Lune» et décédé en 2017 à Washington. C’était l’un des rares francophones accrédités à cap Kennedy.

Vous retrouverez encore dans ce feuilleton une rubrique intitulée «Les autres mondes», toute l’actu qui est survenue à côté d’«Apollo 11», où l’on retrouve Joe Dassin et Pascal Couchepin, Eddy Merckx et Ted Kennedy. Bonne semaine lunaire! Jocelyn Rochat


La journée commence par un frisson. Lors de la conférence de presse du matin, à cap Kennedy (l’actuel cap Canaveral), le Dr Mueller, qui dirige les vols spatiaux pilotés de la NASA, révèle aux journalistes qu’il n’y aura «aucun moyen» d’aller récupérer les astronautes Neil Armstrong et Buzz Aldrin si leur navette lunaire «Eagle» ne peut pas redécoller de la Lune, à la fin de la mission. On apprendra un peu plus tard que les deux hommes n’ont pas reçu de capsule de cyanure, en prévision d’un tel scénario catastrophe, mais que s’ils veulent en finir plus vite, ils n’auront qu’à ouvrir leur scaphandre sur la Lune pour obtenir exactement le même résultat.

Sans frisson, mais avec beaucoup de curiosité, les questions des journalistes portent ce lundi sur la mission soviétique «Luna 15», qui a décollé dimanche. Comme les Russes ont gagné la plupart des étapes de cette course à la Lune, on craint une nouvelle surprise de dernière minute, qui aurait été concoctée par l’URSS. À cap Kennedy, les plus hauts responsables de la NASA spéculent avec les journalistes (il y a parmi eux le correspondant de la «Tribune de Lausanne», l’ancêtre du «Matin Dimanche») pour savoir quel est le but des Soviétiques. Peuvent-ils vraiment arriver sur la Lune avant Apollo 11? Mais pour y faire quoi, avec cette mission qui n’embarque aucun humain? Faute de réponse à ces questions, ce jour-là à cap Kennedy, la mission russe «Luna 15» est prise très au sérieux. Pas question de sous-estimer l’URSS, qui maintient le secret sur ses objectifs.

Pour le reste, «il y a eu un grand éclat de rire quand un journaliste allemand a demandé au docteur von Braun (d’origine allemande), au docteur Debus (le patron de cap Kennedy, également d’origine allemande) et au docteur Gilruth (également d’origine allemande) de lui répondre dans sa langue, afin que tous les auditeurs de Berlin-Est puissent les comprendre. Seul le docteur Wernher von Braun, toujours très conciliant avec la presse, s’est exécuté de bonne grâce», câble le correspondant de la «Tribune» à cap Kennedy. Les responsables de la NASA confirment par ailleurs que tout se déroule comme prévu dans les préparatifs.

«Il y a toujours de la place pour les échecs, mais nous avons fait notre travail et la seule chose que nous puissions encore faire c’est prier» docteur von Braun, responsable à la NASA

À 19 h, heure locale, ce sont les astronautes qui donnent leur ultime conférence de presse avant le décollage. Neil Armstrong y répète trois fois la même phrase. «We are ready to fly («Nous sommes prêts à voler»).» Pour qu’ils n’attrapent pas le moindre germe, les trois hommes ont limité les échanges avec quatre journalistes seulement, par télévision et depuis leurs appartements. Le célèbre Walter Cronkite, de CBS, leur demande notamment: «N’êtes-vous pas trop confiants?» Buzz Aldrin répond le premier: «Il y a des réponses de Normands, et il y a des réponses d’astronautes. Après les avoir fréquentés pendant quelques années, on devine leurs réponses avant même qu’ils ne les expriment. Ces gens-là seraient comme nous tous s’ils n’avaient pas un cerveau mieux équilibré et une absence quasi totale de nervosité.» Après ça, le correspondant de la «Tribune de Lausanne» à cap Kennedy, Jacques Tiziou, se sent obligé de préciser que «Aldrin est confiant sans l’être trop. Il est conscient, c’est différent. Et Buzz, pas plus que Neil ou Mike, n’est pas un casse-cou. Jamais il ne partirait s’il n’était pas certain de retrouver rapidement sa femme et ses enfants.»

À la même question, mais dans un registre plus sobre, Neil Armstrong répond en évaluant les chances de réussir l’alunissage «à 80%, et ses chances à lui de revenir vivant à 99,999999%». Enfin, pour détendre l’atmosphère, Mike Collins, qui restera en orbite autour de la Lune pendant l’alunissage et durant toute la mission sélénite, fait rire la salle en exprimant une plainte: «Je n’ai pas de télévision dans mon module et je serai donc l’un des rares Américains qui ne pourra pas voir Armstrong et Aldrin sur la Lune.»

Demain, la journée du 15 juillet 1969.

La une de la «Tribune de Lausanne» du 14 juillet 1969

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Créé: 14.07.2019, 10h54

Dans les autres mondes

On déplore trois morts et sept blessés dans les Alpes françaises, rapporte la «Tribune de Lausanne». Alors que Chamonix fêtait joyeusement la Fête nationale du 14 juillet et profitait de cette occasion pour inaugurer les travaux d’élargissement du pont de Cour, le plus vieux de la ville puisqu’il fut bâti par les moines au XIIIe siècle, de nombreux drames se déroulaient sur les hauteurs, si bien que les deux hélicoptères assurant la permanence du secours en montagne durent être utilisés au maximum et qu’il fallut faire appel à des renforts de Grenoble.


On déplore trois morts, un blessé très grave et six blessés. C’est un bilan très lourd. Parmi les victimes, deux jeunes Parisiens, élèves HEC, qui ont fait une effrayante chute de 700 mètres à l’Aiguille-du-Goûter. Leurs corps disloqués ont été retrouvés sur le glacier de Bionnassay.

Mais encore…

Ce lundi 15 juillet 1969, les représentants de «la campagne des pauvres gens» sont arrivés à cap Kennedy (qui est de plus en plus menacé d’être rebaptisé cap Canaveral, précise la «Tribune»).

Leur président, le pasteur Raph D. Abernathy, un proche de Martin Luther King, les guide pour une série de manifestations. Leur but n’est pas d’empêcher le lancement d’Apollo XI, mais de dramatiser un problème national, la pauvreté. Les manifestants veulent encore dénoncer le coût astronomique de cette mission Apollo, 350 millions de dollars, qui auraient été mieux investis en prenant soin des humains restés sur Terre, estiment-ils.

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