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Les invitésEntrepreneuriat suisse, «small is beautiful»

Jim Pulcrano, Benoît F. Leleux, professeurs à l’IMD, et Jung Park, chargé de cours à l’IMD, signent cette chronique Regard Éco.

Benoît F. Leleux, l’un des trois signataires de ce texte.
Benoît F. Leleux, l’un des trois signataires de ce texte.
DR

Les recherches de lIMD montrent que lécosystème des entrepreneurs suisses est très différent de celui de la Silicon Valley. Le modèle helvétique se démarque par de faibles attentes financières, la présence de «business angels», l’autofinancement, des taux de survie élevés et une concentration sur des marchés de niche générant un impact positif. Il est toutefois possible de faire davantage pour aider les jeunes pousses suisses à trouver des financements et à accéder au type de soutien adéquat.

Tout le monde connaît les grands entrepreneurs de la Silicon Valley. De Bill Gates à Jack Dorsey en passant par Mark Zuckerberg, ces modèles ont établi une sorte de norme mondiale de la réussite pour les start-up. Mais les «success stories» de la Silicon Valleyintimement liées à léconomie de marché libérale des États-Unisne constituent pas forcément le meilleur modèle à suivre pour les start-up d’autres marchés, en particulier dans des pays comme la Suisse, dont le système économique s’avère très différent.

LIMD a mené une enquête en ligne auprès d’entrepreneurs pour étudier lécosystème unique des start-up dans léconomie de marché coordonnée de la Suissecomment ces entreprises fonctionnent, comment obtiennent-elles des investissements et qu’est-ce qui les motive. Nos recherches montrent que les jeunes entreprises high-tech suisses se caractérisent par de faibles attentes financières, des spécialités technologiques de niche souvent autofinancées ou soutenues par des «business angels», des taux de survie élevés et des objectifs de réussite clairs, définis par des produits et des innovations de grande qualité qui engendrent un impact positif.

Nous concluons que lentrepreneuriat suisse semble être lexact opposé de celui de la Silicon Valley, marqué par un faible impact sociétal ou l’exploitation d’une niche en particulier. Nous constatons toutefois qu’il est possible de faire davantage pour soutenir les jeunes pousses helvétiques, notamment afin d’améliorer laccès au financement.

Notre recherche a porté sur un large groupe de 174 entreprises issues des lauréats de lIMD Startup Competition et dautres start-up suisses, dont près dun tiers sont actives dans les sciences de la vie et le digital, ainsi quune proportion significative dans lingénierie.

Lenquête a révélé que les entrepreneurs suisses ont un taux de survie élevé de 83%. Pour évaluer leur succès, ils incluent non seulement la croissance de leurs revenus, mais aussi leurs réalisations en matière de produits, ainsi que les impacts sociétaux et environnementaux positifs générés par leurs innovations.

En ce qui concerne les performances financières, la majorité dentre eux ont augmenté leurs revenus au fil des ans. On remarque toutefois que seul un dixième des entreprises sondées a atteint un chiffre daffaires supérieur à 5 millions de francs. Dans le même temps, seulement 5% d’entre elles avaient subi des pertes pour les parties prenantes et les créanciers.

Cela semble indiquer que les entrepreneurs suisses adoptent une approche différente de celle du modèle classique de la Silicon Valley. Le fait de ne pas atteindre un chiffre d’affaires supérieur à 5 millions de francs nest certainement pas une raison pour qualifier une entreprise d’échec. Il semble même que le modèle suisse se caractérise par une philosophie selon laquelle «small is beautiful», et quil nest pas nécessaire, ni même souhaitable, de rechercher la croissance à tout prix.

Deux tiers des entreprises sondées avaient d’ailleurs moins de 10 employés, même au plus fort de leur activité, alors que seulement 4% d’entre elles ont atteint plus de 100 collaborateurs.

Toutefois, si les entrepreneurs suisses semblent préférer cette approche «small is beautiful», beaucoup dentre eux sont également conscients de la nécessité d’améliorer l’accès au financement et de mieux soutenir les start-up pour les aider à se développer.

La difficulté la plus importante qu’ils soulignent n’est autre que le financement de démarrage, certains entrepreneurs mettant également en évidence le fait que les investisseurs suisses sont lents et peu enclins à prendre des risques. Les types de financement les plus populaires sont ceux de la famille et des amis (56%) et des «business angels» (52%), suivis par les organisations de soutien telles que le gouvernement et les universités (34%), avec seulement 16% de capital-risque.

Les entrepreneurs ont également fait valoir quils avaient besoin d’incubateurs dentreprises offrant davantage que des bureaux bon marché à louer, comme un soutien spécialisé pour des secteurs spécifiques, une aide pour les fondamentaux économiques et un accès facilité aux talents, aux capitaux et aux réseaux de pairs.

Certains entrepreneurs ont aussi indiqué que lécosystème suisse ne favorisait que quelques industries choisies, telles que les biotechnologies et les fintechs, et quil était largement dominé par la fabrication de produits. Il semble que les entrepreneurs à la tête d’entreprises financées par de nouveaux modèles économiques aient des difficultés particulières en Suisse. En voyant leurs pairs être activement soutenus aux États-Unis et en Allemagne, ils ont le sentiment que leurs innovations ne sont pas respectées en Suisse. Nombre dentre eux participent à des concours dentrepreneuriat suisses, tels que le concours annuel IMD Startup Competition, afin de pouvoir accéder au soutien dexperts, à de nouveaux marchés, à des sources de financement potentielles, à des réseaux et à une plus grande notoriété. Les gagnants du concours IMD Startup Competition, par exemple, bénéficient gratuitement de collaborations avec nos participants au MBA et EMBA pour développer leur «business model» et améliorer leurs chances dobtenir et sécuriser un financement.Sur la base de nos recherches, nous offrons les recommandations suivantes aux start-up et aux organisations de soutien afin daméliorer lécosystème de lentrepreneuriat en Suisse.

Pour les organisations de soutien: Attention aux comparaisons avec la Silicon Valley. Les investisseurs peuvent être attirés par le faible taux déchec des start-up suisses. Décidez si vous voulez transformer lécosystème de la start-up ou développer ses caractéristiques uniques centrées sur une niche en particulier. Les organismes de soutien peuvent faire davantage pour développer les jeunes pousses suisses et favoriser laccès aux investissements. Les incubateurs et les accélérateurs de start-up devraient se concentrer davantage sur l’aide aux jeunes pousses dans la gestion de leur entreprise, et pas seulement sur l’offre d’espaces de travail à bas coût.

Pour les entrepreneurs: La Suisse est une base attrayante pour les entrepreneurs patients dans leur recherche de capital qui mettent laccent sur les réalisations techniques ou les produits. Pour les start-up axées sur une approche low-tech, les services ou les nouveaux modèles d’affaires couplés à des technologies existantes, il peut savérer difficile de lever des fonds ou dattirer lattention en Suisse.