Céline Amaudruz: «Je veux une droite crédible»

Elections fédérales Les accords bilatéraux peuvent être rediscutés, selon la présidente de l’UDC genevoise.

Céline Amaudruz

Céline Amaudruz Image: Georges Cabrera

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La Tribune de Genève poursuit ses entretiens avec les présidents des partis genevois, avant les élections fédérales. Céline Amaudruz, cheffe de l’UDC cantonale, brigue sa réélection au Conseil national et vise aussi les Etats.

Quel intérêt Genève doit-il défendre en priorité à Berne?

La 3e réforme de l’imposition des entreprises (RIE3) est le thème le plus important de ces prochaines années pour Genève. Le combat se fera plus entre cantons qu’entre partis. Chaque élu genevois devra s’engager à défendre son canton, comme on l’a fait pour la péréquation financière. L’électeur doit s’assurer qu’il vote pour des personnalités prêtes à défendre le taux de 13%, le maximum admissible pour maintenir (et attirer, dans un contexte de concurrence) nos multinationales qui créent de l’emploi et une part importante du PIB. Les entreprises doivent-elles verser une compensation? Il faut les y inciter, pas les forcer.

Qu’obtiendrez-vous de Berne si ce n’est une compensation plus forte des pertes? A ce titre, l’affaire est bouclée!

Rien n’est bouclé tant que le parlement n’a pas voté. Sur la péréquation, tout semblait perdu d’avance selon le Conseil d’Etat. J’ai réagi et nous avons obtenu une économie pour Genève, mais il a fallu se battre. On doit faire valoir que si notre canton perd ses multinationales, il y aura un effet secondaire pour tout le pays car Genève ne pourra plus contribuer à la péréquation autant qu’il le fait. Tous les élus genevois doivent tirer à la même corde et convaincre leur parti, comme j’ai entrepris de le faire avec le mien. Si nous voulons obtenir 250 millions de francs de Berne, il faut plaider en conséquence, sinon nous n’atteindrons pas ce but. Il faut aussi coopérer avec les Vaudois qui ont les mêmes intérêts que nous.

Votre parti présente à Zurich le chef d’un magazine qui a traité les Romands de «Grecs de la Suisse». L’UDC défend-elle bien la Suisse francophone?

L’UDC a des élus romands même si chacun sait qu’elle est née en Suisse allemande et qu’elle a parfois des tournures peu élégantes. Je ne m’arrête pas à cela. Je défends les intérêts de mon canton et mon parti défend la souveraineté, la neutralité et le fédéralisme. Toni Brunner ne parle pas français? Certes et j’apprécierais de le voir plus souvent en Suisse romande, mais c’est un excellent président qui fait une bonne politique de fond et c’est à nous, UDC romands, d’assurer le relais. Deux des vice-présidents de l’UDC suisse sont issus de cantons romands.

L’UDC peine à s’imposer à Genève et les municipales ne vous ont pas réussi!

Les municipales sont compliquées pour l’UDC. Mais, à la fin de 2013, nous avons gagné deux sièges au Grand Conseil. Sur le plan fédéral, la force de frappe reste l’UDC qui forme un groupe, contrairement au MCG ou à la Lega. En Suisse romande, c’est plus difficile pour nous. La presse, notamment votre journal, nous stigmatise: tous les maux seraient dus au 9 février…

Votre parti se dit attaché aux Bilatérales qui sont menacées par votre initiative sur l’immigration. Un paradoxe?

J’ai toujours été pour le maintien de ces accords. C’est grâce à l’UDC que le peuple a rejeté l’EEE en 1992 et ouvert la voie aux Bilatérales. Ces accords prévoient une renégociation en cas de problème. Ils doivent pouvoir être maintenus et rediscutés et la volonté populaire doit être respectée. Le Conseil fédéral, lui, nous mène à une reprise automatique du droit européen, sans qu’aucun parti ne s’insurge, à part nous. La Suisse a désigné un négociateur qui a souligné à juste titre que c’est l’intérêt tant de notre pays que de l’Europe de trouver une solution. Plusieurs pays reconnaissent désormais, avec l’afflux de migrants, que les accords de Schengen et Dublin dysfonctionnent. La Suisse, si elle affiche un front uni, est en position de force pour renégocier et doit aussi en profiter pour obtenir l’accès de nos banques au marché européen.

Quelle est votre recette pour aider les entreprises confrontées au franc fort?

Il leur faut des conditions-cadres claires. On doit les aider fiscalement et les soulager de la bureaucratie et de la surréglementation, notamment en combattant les ordonnances que le Conseil fédéral multiplie, dénaturant les lois.

L’UDC fustige l’Etat fédéral. Mais elle siège au gouvernement depuis 1930!

Nous avons un seul siège au Conseil fédéral sur sept alors que nous sommes le parti le plus fort au parlement, sans y être non plus majoritaires. Avec un second élu au gouvernement, nous pourrions nous impliquer davantage dans les affaires, mais cela nous est refusé par les autres partis. Et si le fait que nous maintenions notre ligne fait de nous un parti d’opposition, alors nous le sommes…

«La redistribution voulue par la gauche» est combattue dans votre programme. Voulez-vous couper l’aide aux démunis?

Non. Nous combattons les abus. Une majorité de l’aide va à des personnes étrangères, des requérants d’asile notamment. On ne peut pas donner indéfiniment alors que nos propres citoyens ne s’en sortent pas et ne sont pas aidés. Les budgets sociaux augmentent sans cesse. Ce n’est pas en assommant les gens et les entreprises d’impôts, comme le veut la gauche, qu’on obtiendra de l’argent à redistribuer.

Avez-vous arrondi votre discours sur l’asile en raison du drame syrien?

Personne n’a le monopole de la compassion. On ne peut pas rester insensible à ce drame. L’UDC demande un moratoire d’un an sur l’asile. Il s’agirait de ne plus l’accorder à titre individuel, mais il resterait possible de protéger des Syriens avec une admission collective provisoire, prévue en cas de crise. Par contre, il faut renvoyer les requérants déboutés rapidement. Et il faut réaffecter l’aide au développement pour fournir aux camps de réfugiés en lisière de la Syrie des infrastructures dignes de ce nom.

Les candidatures UDC et MCG dans la course aux Etats menacent les chances de reprendre un siège à la gauche. Vous retirerez-vous au second tour?

L’UDC ne menace pas la droite: elle en fait partie! Pourquoi le péril ne viendrait-il pas du PLR ou du PDC? La vraie menace vient de l’incapacité à avoir le courage de lancer au second tour deux candidats de droite (un de l’Entente, un de la Nouvelle Force) et de convaincre nos électeurs de soutenir cette liste. L’Entente se montre irresponsable en refusant cette solution. Si elle persiste, nous aviserons en fonction des résultats, le 18 octobre, avec notre assemblée. Mais pour représenter la droite aux Etats, il faut des candidats qui maîtrisent les rouages de la politique fédérale. A droite, seuls les candidats de l’UDC, qui siègent déjà au Conseil national, ont cette maîtrise. Je veux une droite crédible pour Berne. Tout est envisageable: je laisse la porte ouverte…


«Le voile intégral emprisonne la femme»

Faut-il supprimer les hautes franchises des primes de l’assurance-maladie?

Non. Toute personne qui paie ses soins à hauteur de 2500 francs, plutôt que 300 francs, contribue à la solidarité. Le citoyen doit pouvoir choisir en fonction de son budget et de ses propres risques de santé. Pour réduire les coûts de la santé, on pourrait envisager que le choix du niveau de franchise ne vous engage pas pour une seule année, mais pour une durée plus longue. Imaginons que j’aie programmé une opération pour l’an prochain: avec le système actuel, je pourrais réduire le niveau de ma franchise à la fin de l’année précédente, juste à temps! Il faudrait aussi instaurer une ou deux autres catégories de primes intermédiaires, ce qui allégerait la charge pesant sur les jeunes et les familles. En parallèle, on pourrait aussi accorder un rabais de prime plus important à un assuré âgé qui choisit une franchise élevée car il prend un risque plus grand qu’un jeune. Autre piste: actuellement, les soins hospitaliers sont financés par les caisses et les cantons, alors que les soins ambulatoires sont du seul ressort des caisses et donc des payeurs de primes: on devrait réfléchir à une nouvelle répartition où le financement procéderait toujours d’une source unique. Enfin, on pourrait songer à relever la quote-part, aujourd’hui fixée à 700 francs.

La Suisse doit-elle vraiment sortir du nucléaire en 2050?

Non. Nous voulons tous l’énergie la plus saine et écologique possible. Mais nous devons être indépendants sur le plan énergétique et le courant ne doit pas être trop coûteux. Tant que la sécurité de nos centrales est garantie, je préconise une transition douce, sans fausser les prix avec des subventions comme le fait l’Allemagne. Il serait donc erroné de fixer une date arrêtée pour abandonner le nucléaire.

Faut-il interdire le voile intégral en Suisse?

Oui. Comme femme, je perçois le voile intégral comme très dénigrant. Je ne suis certes pas féministe, mais je tiens à l’égalité de la femme, qui doit pouvoir travailler, ce qui est inconcevable avec un tel voile qui l’emprisonne. Mais l’interdiction ne doit pas s’appliquer aux touristes.

Faut-il reconduire Eveline Widmer-Schlumpf au Conseil fédéral?

Non. D’abord, je ne vois pas pourquoi le PBD aurait un siège au Conseil fédéral. Ensuite, elle a été très néfaste pour la place financière suisse. Elle a participé activement à sa destruction. Elle a oublié que son rôle consistait à défendre son pays et qu’elle n’était plus perceptrice d’impôts dans les Grisons.

Créé: 05.10.2015, 18h59

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