Voile: les vertiges de l’interdiction

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Je le reconnais: en 2004, quand Jacques Chirac a interdit aux collégiennes et lycéennes musulmanes de porter le voile dans les enceintes de leur établissement scolaire, la mesure m’avait choqué. J’y voyais une forme de fondamentalisme laïque: que les enseignants soient tenus à la neutralité, oui, c’est indispensable, mais les élèves, non.

Quelques années plus tard, visitant de nombreux lycées de banlieues défavorisées pour le compte du Bondy Blog, j’ai découvert que cette mesure que j’avais jugée discriminatoire était en réalité vécue avec sérénité: passant les portails de l’enceinte, les jeunes filles concernées retiraient leur voile ou leur capuche, qu’elles remettaient à la sortie. Très simplement. Et par une norme un peu brutale mais claire, le législateur avait privé les barbus de tout poil de la tentation d’instrumentaliser l’école pour leurs incessantes revendications.

Les collèges et lycées y ont gagné en tranquillité. Mais il faut reconnaître que cela n’a pas empêché, ailleurs, le port du voile de progresser…

Quinze ans plus tard, et trente ans après la première affaire du collège de Creil, l’histoire bégaie et la question de l’interdiction du voile islamique continue de diviser la France: faut-il l’étendre aux mères qui accompagnent la classe de leur enfant lors de sorties scolaires? Mais cette fois-ci, le manipulateur n’est pas un barbu, c’est un élu du Rassemblement national qui allume un feu malsain et accuse de provocation une mère tranquille qui ne défiait personne.

C’est décidément la malédiction du voile: il est instrumentalisé aussi bien par les islamistes que par les lepénistes, qui se font ainsi la courte échelle.

Qu’on ne s’y trompe pas: la progression du voile accompagne celle d’un islamisme rigoriste qui enferme les esprits plus qu’il ne les élève – il est donc légitime de s’en préoccuper. Mais à ne voir que cela, on caricature la réalité. La mère voilée qui accompagnait la classe de son fils à Dijon ne faisait aucun prosélytisme. Lui interdire ce droit, ce serait répondre à l’enfermement par un autre enfermement.

Créé: 16.10.2019, 21h24

Alain Rebetez, Correspondant à Paris

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