Le suicide politique d'Anne Emery-Torracinta

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Tout dans son histoire et sa carrière indique que la conseillère d'État Anne Emery-Torracinta est une personne honnête. Mais alors, quelle maladresse, quelle inaptitude politique!

Empêtrée dans l'affaire Tariq Ramadan, elle a mis quatre mois à se rendre compte qu'elle ne pouvait à aucun prix faire l'économie d'une enquête indépendante et que celle-ci était nécessaire pour faire la lumière sur la responsabilité du Département de l'instruction publique (DIP). Avec un objectif fondamental: que des abus ou des actes de harcèlement sexuels puissent être évités à l'avenir dans le système scolaire genevois. La cheffe du DIP a mis trop longtemps à le comprendre, invoquant des impossibilités administratives pour ne pas agir. Cerise sur le gâteau, elle a annoncé qu'elle étudierait de près la dimension possiblement diffamatoire du collectif qui réclamait l'enquête. Tout cela, on le savait.

Mais voilà que deux autres affaires s'ajoutent à la première. Un soupçon d'abus récent, dans le même collège où Tariq Ramadan a enseigné, a justifié l'ouverture d'une procédure par le DIP. Bon réflexe. L'affaire déchire le département, comme la "Tribune de Genève" l'a révélé cette semaine. Des révélations qui ne furent pas du goût d'Anne Emery-Torracinta. Au lieu de s'interroger sur les comportements des enseignants, elle annonce qu'elle va porter plainte contre X, afin de dissuader tout autre fonctionnaire tenté de jouer les lanceurs d'alerte. On reste coi face à une réaction aussi inepte. Madame Emery-Torracinta, une fois encore, se trompe de cible.

Et ses égarements ne s'arrêtent pas là. La dernière affaire est celle que nous révélons aujourd'hui même, samedi, à 18 heures, et qui a conduit à la suspension de Marie-Claude Sawerschel, sa secrétaire générale. La haut fonctionnaire était déjà l'objet d'interrogations, puisque elle était doyenne du Collège de Saussure à l'époque où Tariq Ramadan y enseignait. Avait-elle été informée des comportements douteux du professeur Ramadan? Elle réfute, et pas question de lui faire un procès d'intention. L'enquête générale finalement ordonnée permettra de dire si l'actuel bras droit de la cheffe du DIP portait une quelconque responsabilité. Mais, ironie ultime de l'affaire du jour, la raison de la suspension de Mme Sawerschel est strictement sans rapport avec l'affaire Ramadan. Il s'agit juste d'un problème de plus qui aurait pu être évité aisément si la cheffe du département avait fait preuve d'un minimum de sens politique. Un mandat du DIP a en effet été confié au compagnon de Mme Sawerschel qui, selon la procédure habituelle, aurait dû signer le contrat. Le conflit d'intérêts était tellement manifeste qu'alertée par l'administration, elle a préféré éviter un paraphe de sa plume. Mais au lieu de renoncer à ce mandat, la cheffe du DIP l'a finalement validé elle-même.

Madame Emery-Torracinta a cumulé les bourdes d'une façon parfaitement extravagante. Et qu'on ne parle pas de lynchage politique en période d'élections. La feuille de vigne est fanée à force qu'il en soit fait usage saison après saison. La conseillère d'État méritait mieux que cela, est-on tenté de dire, mais force est de constater qu'elle est seule responsable de ce qui a tout d'un suicide politique.

Créé: 17.03.2018, 19h49

Pierre Ruetschi, rédacteur en chef de la Tribune de Genève.

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