Schneider-Ammann, le tousseur

L'éditorial

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Il faut beaucoup de bienveillance journalistique pour chercher du positif dans le bilan de Johann Schneider-Ammann. Certes, on peut citer un ou deux accords internationaux, notamment celui de libre-échange avec la Chine. Une ou deux interventions dans les entreprises. Et puis voilà.


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Avec lui, il serait bien plus facile d’égrener les couacs ou les échecs, de se moquer de ce ministre profondément convaincu que la politique ne doit pas se mêler, ou si peu, d’économie. Après tout, à quoi pouvait bien servir un conseiller fédéral qui a passé son temps lors des séances du mercredi, comme il le raconte fièrement, à expliquer aux autres Sages qu’il ne faut surtout pas légiférer?

En fait, Johann Schneider-Ammann laisse un autre héritage. Plus que ses collègues, ce ministre de l’Économie a passé son temps à voyager et à rencontrer du monde. Aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur de la Suisse, il a pris son bâton de pèlerin. C’est là que son regard s’allumait, lorsque la distance avec son bureau bernois grandissait.

«Son regard s’allumait, lorsque la distance avec son bureau bernois grandissait»

Il y a un exemple révélateur de la méthode Schneider-Ammann – celle qui consiste à convaincre et jamais contraindre. Dans l’après-9 février 2014 et la fameuse initiative UDC contre l’immigration de masse, il a échoué à élaborer une quelconque norme contraignante pour forcer les entreprises à employer davantage la main-d’œuvre qualifiée suisse, que ce soit les plus de 50 ans ou les femmes. Mais plus personne n’arrive à compter le nombre d’entreprises qu’il a visitées pour faire comprendre à l’économie qu’elle devait bouger, que c’était à elle de rectifier le tir en matière de main-d’œuvre étrangère.

Johann Schneider-Ammann a appliqué sa méthode jusqu’à l’épuisement, jusqu’à brûler sa vie de conseiller fédéral par les deux bouts. Jusqu’à se faire du mal. C’est ce qui lui a valu ses toux légendaires dans les couloirs du Palais fédéral ou ses endormissements récurrents qui ont fait penser à plus d’un qu’il était gravement malade. Son équipe a toujours parlé d’un engagement total et d’un travail soutenu. C’est beau, respectable et admirable. Un entrepreneur est-il donc indispensable au gouvernement?

Pas sûr que le Bernois en ait fait la démonstration. Mais sa voix lente, sa petite rengaine et sa toux manqueront l’année prochaine au Conseil fédéral.

Créé: 25.09.2018, 22h00

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Fabian Muhieddine, rédacteur en chef adjoint de la rédaction Tamedia

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