Du respect, simplement

L’éditorial

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«De toute façon, c’est qu’une pute…» Ces mots-là, on aurait pu les entendre dans la bouche d'un producteur libidineux devant le refus de l'actrice de s’allonger. Ils auraient pu être éructés par une star du showbiz, vexée qu'on ne lui prodigue pas un massage érotique. Un frotteur dans un métro parisien, des hommes qui sifflent une femme dans la rue et ne reçoivent pas de réponse.


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Oui, sauf que ces mots-là, je les ai entendus l'autre jour dans la bouche d’un ado à propos d’une fille de son école qui ne lui plaisait pas. Des insultes d’une banalité navrante pour tous ceux qui ont déjà suivi des conversations de jeunes, critiquant un tel, se moquant d’une autre. Des mots prononcés avec une légèreté désarmante, parce que, après tout, «on le pense pas vraiment…»

Le mouvement #MeToo a permis à des femmes de balancer leur quoi, comme chante une Angèle sans complexe. Il a sans doute été important, ne fût-ce que pour défendre celles qui n’ont jamais osé répliquer. Les victimes de Weinstein, Adèle Haenel, Valentine Monnier, toutes ont mis fin à l’impunité qui, dans l’esprit de certains hommes, découle tout naturellement du pouvoir. Au-delà des plateaux houleux de télévision, le débat s’est invité dans les écoles. Certaines maîtresses engagées ne manquent d’ailleurs pas de ramener à chaque occasion les causes féministes sur la table. Devant des enfants, il est vrai, plutôt dubitatifs.

Car la guerre des sexes est bien là, dans les préaux. Biberonnés au porno échangé entre smartphones, bercés par des clips musicaux lascifs où le string est roi et la femme objet, nos rejetons ont le vocabulaire cru, violent, rabaissant. Sans filtre. À ce jeu-là, les filles ne sont pas en reste. Et le respect, valeur morale qui n’a plus la cote dans un monde du chacun pour soi, s’est perdu en route.

Harvey Weinstein sera puni, c'est sûr, pour l’exemple. Mais l’effort pourrait rester vain si, à commencer par les bancs d’école, on ne réintroduit pas un peu d’empathie et de savoir-vivre dans notre société. Un peu de respect, tout simplement.

Créé: 05.01.2020, 20h20

Virginie Lenk,
Rubrique Monde

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