À qui profitent les «affaires» électorales?

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Élections obligent, Genève abonde en gorges profondes et les affaires, sulfureuses, vraies ou douteuses, foisonnent. À Genève, où la polémique fait partie intégrante de la vie de la Cité, le phénomène y est probablement un peu plus marqué qu’ailleurs. Mais quel sens donner à ces affaires parfois éphémères? Certains se spécialisent dans la peau de banane glissée sans grandes ambitions sous les semelles d’un concurrent. D’autres usent du «scandale perpétuel» comme d’un cheval de bataille politique. Puis il y a ceux qui en profitent pour régler leurs comptes en misant sur le fait que jamais microcosme politique n’est davantage sensible aux manœuvres machiavéliques qu’en période électorale.

Ceux qui sont attaqués, à tort ou à raison, dénoncent, avec une véhémence souvent inversement proportionnelle au degré de vérité, une manipulation politico-médiatique. Car oui, bien sûr, la presse se retrouve souvent en première ligne des accusations: elle ferait son beurre avec les horreurs de la campagne, manipulée par des lanceurs d’alerte malintentionnés ou, pire encore, à la botte d’un parti. Les amateurs de complots y trouvent leur compte. Il suffit de se connecter sur Facebook pour en avoir la conviction. Alors, manipulés, les médias? Les tentatives d’abuser la presse sont fréquentes. Et le risque qu’elle se laisse embarquer dans une «fausse affaire» est évident. Surtout lorsque les réseaux sociaux sont de la partie, puissants vecteurs pour propager la rumeur et, du coup, lui faire de la publicité à défaut de lui conférer de la crédibilité.

Le dernier exemple en date nous vient de Genève en marche. Depuis le temps qu’il sévit en politique, Éric Stauffer, leader de GeM et anciennement du MCG, a demandé, au cours de sa longue carrière, la démission de la moitié du Conseil d’État, invoquant un «scandale» de son cru. Sans effet bien sûr.

Après avoir réclamé l’annulation des élections suite à l’affaire des listes électorales mode d’emploi fantaisistes (une honteuse histoire, mais qui ne justifie certes pas l’annulation des élections), voilà que notre homme dénonce l’une de ses propres candidates, qui aurait tenté d’acheter des voix. L’affaire semble énorme. La dame, selon des fuites, aurait déjà manipulé de précédentes votations au bénéfice de formations clairement désignées. Mieux, la photo d’un sac soi-disant rempli de quelque cinq cents bulletins présignés donne une dimension soviétique au scandale. Et des sympathisants de la cause n’hésitent pas à diffuser copie des messages échangés au cours de cette fraude géante. L’arrestation, enfin, de la présumée malfaitrice frappe l’histoire du tampon «très grosse affaire». Un prestigieux avocat genevois s’est chargé de faire chambre d’écho.

Tout était donc en place pour le scandale genevois du siècle. Il ne fallait pas s’y laisser prendre. Et si l’histoire a suivi son cours sur les médias sociaux, elle n’a pas eu la résonance espérée dans la presse qui a su, pour l’essentiel, rester vigilante. Le procureur a fini par relâcher l’accusée, libre de charge. S’il y a eu une tentative d’abus, tout indique qu’elle ne s’est pas réalisée. Le fonctionnement de la démocratie en ressort indemne et le «scoop» s’est dégonflé avant l’heure.

Genève en marche a raté son coup de com, qui lui aurait permis de se protéger en criant à un scandale de plus s’il devait ne pas atteindre le quorum. Mais ce n’est qu’une hypothèse.

D’autres affaires du printemps furent infiniment plus sérieuses. Pablo Cruchon, candidat d’Ensemble à Gauche, a été contraint de se retirer suite à des révélations sur un conflit de travail. Mais c’est bien Anne Emery-Torracinta qui s’est retrouvée en première ligne. L’affaire Ramadan, puis celle de la secrétaire générale. Sa garde rapprochée a crié sans attendre à la manipulation et au complot médiatique. Sans le moindre indice ni un zeste de crédibilité. La conseillère d’État a commis de graves erreurs, dûment vérifiées. Elle en a avoué une partie, ce qui ne l’absout pas complètement après tant d’atermoiements. Que les faits soient révélés aujourd’hui ou au lendemain de l’élection ne change rien. Mais gardons-nous bien de condamner la socialiste à l’emporte-pièce. Ses manquements prouvés ont déclenché de nouvelles fuites et accusations, infondées selon nous, et donc pas publiées. Il n’y a pas de droit de suite dans les affaires.

À qui profitent les fuites? Peuvent-elles changer le cours des élections? Il n’est pas de scoop innocent, on le sait. Il y a toujours des gagnants et des perdants. Mais il arrive aussi que le pistolet du lanceur d’alerte aux intentions destructrices se retourne contre les siens. Cela pourrait être le cas pour GeM, qui espérait sortir en chevalier blanc de cet acte de transparence «courageux» face aux actes certainement amplifiés d’une candidate issue de ses rangs.

Est-ce qu’Anne Emery-Torracinta paiera ses erreurs comptant? Elle est affaiblie, mais rien n’est sûr. Combien de candidats à la présidence française ont été élus ou réélus avec des casseroles infiniment plus bruyantes? La politique ne connaît pas de règles algorithmiques.

Faut-il enfin se réjouir du retour au calme sans affaire ni histoire? Pas vraiment. La période électorale et ses tensions constituent un formidable révélateur. Elles incitent à un exercice de transparence salutaire qui ne devrait pas connaître de calendrier, surtout pas électoral. (TDG)

Créé: 12.04.2018, 20h46

Pierre Ruetschi, Rédacteur en chef.

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