Moret ou le piège vaudois

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Isabelle Moret, Ignazio Cassis, Pierre Maudet. Tel sera le trio PLR des prétendants à la succession de Didier Burkhalter. Alors, qui le groupe PLR choisira-t-il le 1er septembre? Partira-t-il avec deux ou trois candidats? On aimerait que sa décision, comme celle de l’Assemblée fédérale le 20 septembre, soit prise sur la base des compétences et de la vision des candidats pour une Suisse confrontée à des enjeux essentiels. Mais il y a de bonnes raisons de craindre que les critères de représentativité, si chers au pays de tous les équilibres et compromis, pèsent le plus lourd dans ce choix pour la fonction suprême.

Alors parlons-en de cette sacro-sainte représentativité. A cette aune-là, Ignazio Cassis part en tête: dix-neuf ans que le Tessin n’est plus au gouvernement. Et alors? Ce canton, comme Vaud, est l’un de ceux qui a eu le plus de conseillers fédéraux depuis 1848 en regard de sa population. Rappelons que Genève a dû attendre septante ans avant de revenir au gouvernement avec Ruth Dreifuss.

Et Isabelle Moret? Son sexe est un incontestable atout. Mais là encore, relativisons: quatre ministres devraient quitter le pouvoir dans les deux ans. Ce qui laisse une grande latitude à des femmes d’entrer au gouvernement et de rééquilibrer la situation. Elles sont plus d’une, de haute compétence, à se profiler. Comme Ignazio Cassis pour le Tessin, Isabelle Moret n’est certainement pas la candidate de la dernière chance pour les femmes.

Plus grave, l’élection de la Vaudoise inaugurerait une situation aussi inédite que préoccupante en termes d’équilibre: pour la première fois siégeraient au Conseil fédéral deux duos de deux cantons: les deux originaires de Berne, Schneider-Ammann et Sommaruga, et les Vaudois Parmelin et Moret. Ces deux cantons historiquement liés auraient donc la majorité absolue à l’exécutif. Ajoutons Alain Berset – soit Fribourg – à cette carte, et voilà que se dessinent les nouveaux contours d’un Mittelland tout-puissant. Jamais dans la Suisse contemporaine, le pouvoir n’aura été aussi concentré d’un point de vue géographique. A l’évidence, la disposition constitutionnelle qui réclame une représentation équilibrée des régions est bafouée. Donc, veillons à ne pas se retrouver le jour J avec un ticket Cassis-Moret consacrant le Tessinois parce que la Vaudoise sera considérée comme virtuellement inéligible. Le PLR, qui se dit parti de la liberté, a le devoir de présenter trois candidats. Pour éviter le piège du Cassis candidat unique. Et pour que le débat d’idées puisse avoir lieu.

Créé: 10.08.2017, 20h52

Pierre Ruetschi, rédacteur en chef

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