Maudet à la mobilité. Qui d’autre?

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Ambiance bucolique ce dimanche à 13 heures. Entre la cour de l’Hôtel de Ville et la place de l’ancien arsenal, transformée en studio de télévision, les badauds se mêlaient au petit monde politique genevois dans une atmosphère décontractée et festive. Un plaisant moment de politique qui nourrit le mythe de la démocratie parfaite. En plus, les nouvelles sont bonnes. Les Genevois ont élu un gouvernement qui gagne en compétence, en intelligence et, nous voulons le croire, en collégialité. Un peu de méthode Coué: la nouvelle législature va trancher avec celle, calamiteuse, qui vient de s’achever. Il faut dire que les nouveaux élus bénéficient d’une marge de progression quasi sans précédent.

Pourquoi cet optimisme? Parce que les nouveaux équilibres – trois élus de l’Alternative, trois de l’Entente et un MCG détaché de son parti – permettent d’imaginer une autre façon de conclure des alliances gauche-droite. Parce que cinq des sept élus ont déjà une solide expérience de gouvernement et que les deux entrants, le socialiste Thierry Apothéloz et la PLR Nathalie Fontanet, ne sont ni novices ni dogmatiques. Parce que le collège est allégé de l’erratique et ingérable Luc Barthassat, aux insuffisances flagrantes. Parce que les extrêmes du champ politique ont été rabotés. Parce qu’enfin le MCG, grand trublion devant la République, réduit à sa portion congrue et privé de ses agitateurs en chef, ne pourra plus faire son cirque politique et jouer les brise-système pour la galerie. La configuration entre exécutif et parlement, parfaitement symétrique, devrait ouvrir une ère de la raison, moins conflictuelle, où, petite révolution locale, l’intérêt des Genevois primerait l’égoïsme des partis.

Voilà pour la théorie des «forces en présence». Mais, on le sait, ce qui fera la différence, ce sont les femmes et les hommes qui composent le nouveau gouvernement. Leur capacité à dialoguer, à définir ensemble une vision pour Genève qui fait défaut depuis trop longtemps. Sortez de ces silos inféconds! Construire une politique publique sans définir collégialement des objectifs à atteindre à moyen et long terme pour ce canton n’est pas viable.

Autres urgences: nommer un président, redécouper les dicastères et les attribuer. Pour la présidence, aucun doute qu’elle doit revenir à l’élu du premier tour, Pierre Maudet. Qu’il le souhaite ou non, il est aujourd’hui de sa responsabilité d’organiser le décloisonnement, de construire des ponts entre départements et de les faire travailler ensemble tendus vers un même but. Qu’il s’agisse de la région, des défis liés à l’âge numérique ou de la politique de développement économique, ces matières traversent l’ensemble des «ministères». S’il met autant d’énergie à défendre les intérêts du tout que les siens, le collège méritera enfin son nom.

Plus délicat, la répartition

Les sortants ne semblent avoir d’autre ambition que de poursuivre leur œuvre, même quand elle n’est guère spectaculaire. Anne Emery-Torracinta l’enseignement, Serge Dal Busco les Finances, Antonio Hodgers l’Aménagement, Mauro Poggia la Santé, le Social et l’Emploi et Pierre Maudet la Sécurité (nul doute que la présidence sera augmentée de la gestion d’un département). Resterait donc pour les deux nouveaux la mobilité ainsi qu’un département à recomposer avec les restes. Voilà pour le scénario «confort», sans envergure ni grand dessein.

Soyons un brin iconoclaste. Qu’ils osent! À commencer par Pierre Maudet. Le brillant élu, à l’ambition sans limites doublée d’une énergie et de compétences hors normes, doit s’attaquer à la mobilité, le département maudit qui a décapité plus d’un conseiller d’État. Maudit comme l’était, avant son arrivée, le Département de la sécurité. Genève doit trouver une solution en matière de transports. Pierre Maudet est le plus apte à pouvoir décrocher les budgets nécessaires auprès de la Confédération. Il est aussi le seul, à droite du moins, à pouvoir comprendre qu’il faut définitivement enterrer la traversée du lac. Elle dévore des millions par dizaines rien qu’en études pour un résultat final garanti nul. Cela doit lui crever les yeux, lui, le leader du numérique genevois: la révolution digitale va complètement reconfigurer nos besoins et les vecteurs de la mobilité. Construire pont ou un tunnel en 2050 (dans le meilleur des cas) est aussi absurde et anachronique que de bricoler un moulin à blé au fil de l’eau.

Même raisonnement pour relever le défi de la réforme de la fiscalité des entreprises (PF17). Qui mieux qu’un Vert ouvert, Antonio Hodgers, peut parvenir à trouver un consensus sur ce point capital?

De l’audace, de l’innovation et un peu de courage. C’est le moment. Les Genevois le méritent.

Créé: 06.05.2018, 21h10

Pierre Ruetschi, rédacteur en chef

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