M. Lauber oublie qu’il n’est qu’un serviteur

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En Suisse, on n’aime pas les têtes qui dépassent. Ou plutôt, on commence par les aimer, puis petit à petit on s’en méfie. À son élection au prestigieux poste de procureur général de la Confédération en 2011, Michael Lauber était perçu comme l’homme providentiel, capable de redonner au Ministère public ses lettres de noblesse après les fins de parcours ratées de ses prédécesseurs.

Mais aujourd’hui, l’homme flamboyant des débuts s’est transformé en personnage arrogant. Dans sa riposte à l’ouverture d’une enquête disciplinaire contre lui vendredi, le Soleurois a mené une attaque en règle contre son Autorité de surveillance – dont le rôle est pourtant précisément de surveiller! Michael Lauber est allé jusqu’à affirmer qu’on portait atteinte à l’indépendance du MPC, et même jusqu’à parler de crise institutionnelle. Un terme que personne n’avait évoqué jusque-là.


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Alors qu’il tentait de sauver sa peau, le procureur en chef a peut-être lui-même précipité sa chute, avant une semaine cruciale où il passera des auditions devant des commissions du parlement. En Suisse, les institutions sont sacrées. Critiquer leur fonctionnement, c’est remettre en question le génie des pères fondateurs, tout en laissant entendre que l’on est supérieur. C’est profondément contraire à l’esprit suisse.

Face à des rencontres secrètes, dont la tenue est légitimement interrogeable, les élus attendaient de Lauber qu’il fasse amende honorable et reconnaisse des maladresses. Mais non, l’homme s’est affiché en intouchable ou, pire, en roitelet. Et ça, ça ne passe pas dans l’une des plus vieilles démocraties du monde.

En prenant la posture de sauveur du Ministère public, il a surtout oublié qu’il n’en était qu’un simple serviteur. Qu’avec ou sans lui, le MPC allait poursuivre son travail. Car dans toute cette affaire, ce n’est pas sa personne que le parlement va chercher à préserver, mais la crédibilité du MPC en tant qu’institution. Et si celle-ci passe par sa non-réélection, alors les élus n’hésiteront pas à lui couper la tête. L’homme ne sera alors pas tombé pour ses erreurs, mais pour son manque de suissitude.

Créé: 12.05.2019, 22h17

Florent Quiquerez, correspondant parlementaire

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