La justice au chevet de la planète

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Verdict courageux et indispensable pour ceux qui le voient déjà servir d’exemple aux justices des quatre coins du monde. Irresponsable en ce qu’il ouvre une brèche à de futures actions de désobéissance civile et qu’il violerait la séparation des pouvoirs pour les autres. Le jugement, rendu lundi, réunit tout le monde au moins sur un point: en Suisse, il est historique. Hors de nos frontières, il compte au moins un précédent.


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En septembre dernier, là aussi au nom de l’urgence climatique, un tribunal français acquittait deux activistes jugés pour avoir décroché le portrait d’Emmanuel Macron du mur d’une mairie. Invoquant «l’état de nécessité» et la forte charge symbolique de leur action, le juge les avait relaxés. Raisonnement et arguments très ressemblants à Renens lundi après-midi. En substance, a estimé le Tribunal de police de Lausanne, l’occupation «pacifique et bon enfant» d’une succursale de Credit Suisse, épinglé pour ses investissements dans les énergies fossiles et leur impact sur l’environnement, n’a pas pesé lourd face à l’urgence climatique. Dans les deux cas, pour alerter l’opinion publique et attirer l’attention des médias lorsque les méthodes traditionnelles n’y parviennent pas, les activistes du climat ont usé de la seule manière efficace: l’action choc.

«Le jugement réunit tout le monde au moins sur un point: en Suisse, il est historique»

En marge de ces considérations, c’est une pique appuyée que n’a pas manqué de décocher la justice aux pouvoirs publics. En dénonçant «le temps long du politique incompatible avec l’urgence climatique» et son manque de réaction si ce n’est quelques prises de position «insignifiantes voire lénifiantes», le président risque d’en fâcher plus d’un. On voit déjà poindre l’argument qu’il n’appartient pas à la justice de se mêler des processus politiques. Les partisans de la cause climatique rétorqueront que ces postures «d’un Ancien-Monde» doivent être dépassées. Et s’appuieront sur l’exemple néerlandais, où la Cour d’appel de La Haye vient de juger que l’État agissait illégalement, le sommant d’intensifier sa lutte contre le réchauffement climatique. Les camps n’ont pas fini de s’écharper sur la question, mais le fait est là: l’état de la planète s’invite au tribunal. Et marque une victoire éclatante des activistes.

Créé: 13.01.2020, 22h22

Emmanuel Borloz, journaliste

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