Jusqu’à quel âge peut-on être soigné?

L’éditorial

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Jusqu’à quel âge a-t-on le droit d’être soigné? Si la réponse vous semble aller de soi, vous vous trompez. Cet été, un assureur a mis en doute la pertinence d’un traitement indispensable à la vue d’une dame de 90 ans vivant en EMS. Le corps médical s’est indigné que l’âge puisse constituer un critère pour limiter les soins. Il a été entendu. L’assureur a remboursé. Mais ne nous y trompons pas: le rationnement existe déjà.


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En juin 2013, tout juste arrivé à la tête des Hôpitaux universitaires de Genève, Bertrand Levrat demandait «si une opération de la hanche à 80 ans ou la pose d’un stent à un nonagénaire étaient nécessaires» ou s’ils représentaient «du luxe», invitant la société à y réfléchir. Choquant? Oui. Mais réaliste. La société vieillit. Les ressources publiques n’augmentent pas. La médecine coûte de plus en plus cher et 90% des dépenses de santé se concentrent dans les derniers mois de vie. Dans ce contexte, la contrainte s’exerce déjà et donne souvent l’impression aux plus âgés d’être lésés.

Outre le fait qu’il puisse heurter du point de vue philosophique, le critère de l’âge ne semble pas le plus pertinent. Il est des traitements plus rationnels à 90 ans qu’à 50. Préserver la vue d’une nonagénaire en bonne santé lui permettra non seulement de rester active et de ne pas sombrer dans la dépression, mais lui évitera aussi de tomber et de se casser une hanche – l’opération coûtant, in fine , bien plus cher que le traitement d’un glaucome. En revanche, d’autres rationnements seraient souhaitables. Est-il bien utile de réaliser une IRM pour un lumbago? D’opérer en urgence une rupture des ligaments croisés? Difficile pour un médecin de se censurer – ne serait-ce que par crainte de se voir reprocher d’avoir manqué à son devoir. Difficile aussi, pour le patient, de freiner ses exigences. Difficile, enfin, pour le politique de trancher. Mais le débat doit être ouvert afin de choisir les économies les moins injustes.

(TDG)

Créé: 11.10.2018, 19h57

Sophie Davaris, responsable adjointe rubrique Genève

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