On ne joue pas avec la démocratie

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Seule contre tous. Une posture que l’UDC affectionne particulièrement et qui, depuis le tremblement de terre du vote contre l’adhésion à l’Espace économique européen le 6 décembre 1992, lui a brillamment réussi. Face à l’élite dite «bien-pensante», l’UDC a maintes fois été soutenue par le peuple sur la voie de la fermeture et du durcissement de sa position envers les étrangers. Mais ce dimanche, la première formation de Suisse s’est trouvée prise à son propre piège.

Une majorité de 59% de Suisses et 21 sur 26 cantons ont sanctionné le parti en disant non à l’initiative de mise en œuvre pour le renvoi des criminels étrangers. Un non sans ambiguïté, un non cinglant. Il n’y a pas de Röstigraben, pas de fossé ville-campagne, juste un peuple suisse, largement uni. Ce dimanche, il ne s’est pas laissé berner par les arguments fallacieux de la droite populiste qui, encore tout enivrée de son succès aux élections fédérales, pensait pouvoir rééditer son coup de 2010 où elle avait imposé l’initiative pour le renvoi des criminels étrangers. Le parti s’est surestimé. Mais surtout, il a sous-estimé le peuple qui, en démocratie, a toujours le dernier mot.

Poursuivant leur grand dessein d’une Suisse pure laine, les partisans de Christoph Blocher n’ont pas hésité par leur dernière initiative à nier les fondements mêmes de la démocratie, court-circuitant le parlement en pleine élaboration de la loi d’application de 2010, déniant aux juges leur compétence première et instituant un régime en contradiction avec le droit international.

Les Suisses pouvaient être tentés de dire oui, de façon quasi pavlovienne, sous la pression des flux de migrants qui déstabilisent l’Europe. Mais ils ont détecté la supercherie dans la solution proposée. Et c’est à l’UDC qu’ils ont dit stop.

On ne s’attaque pas impunément aux institutions du pays. La contradiction était devenue par trop flagrante. D’un côté, l’UDC s’affirme comme l’incarnation des valeurs helvétiques, de l’autre elle propose de dynamiter leur cœur institutionnel.

L’Etat de droit est sauf.

L’issue de ces votations est aussi le résultat d’une campagne hors du commun où chacun a pris garde de ne pas réitérer les erreurs lourdes de conséquences de la votation du 9 février. Là encore, l’UDC était seule face à l’establishment politico-économique du pays. A la différence près qu’en 2014, ni les partis politiques ni les milieux économiques et encore moins la société civile ne s’étaient mobilisés contre une disposition qui a entraîné le pays dans une crise pénalisante avec l’Union européenne. La Suisse officielle, d’une coupable apathie, avait déroulé le tapis rouge aux initiants qui, faute d’être véritablement contredits, affirmaient avec un confondant aplomb que la mise en place de contingents n’aurait d’impact ni sur notre politique européenne ni sur les accords bilatéraux. Le débat démocratique fut à son plus bas. C’est fort de cette leçon qu’on a assisté en ce début d’année à l’une des campagnes les plus acharnées et transparentes qui fut, avec au final un taux de participation exceptionnel.

Que peut-on en conclure? Que le peuple reste le garant fiable de l’intégrité de nos institutions et du bon fonctionnement démocratique. Que seul un débat de fond et l’engagement de toutes les parties pour débusquer omissions et mensonges permet la libre formation de l’opinion.

Un excellent signe, porteur d’espoir pour la suite. Car il est quasi certain qu’avant l’an prochain, les Suisses devront retourner aux urnes pour corriger le tir du 9 février, sous une forme ou une autre. Pour s’être moquée du peuple qu’elle porte aux nues dans le discours, l’UDC a perdu un peu de crédibilité dans cette votation. Aucun doute que le parti est allé trop loin cette fois. Mais il n’est pas affaibli. Et son message anti-étrangers reste porteur. Ses opposants, de quelque bord qu’ils soient, feraient donc bien de ne pas le sous-estimer: ne jamais lui laisser les coudées franches en campagne et mieux tenir compte des peurs et frustrations des Suisses sur les questions de frontières.

Ce fut un dimanche plein d’enseignements et lumineux pour la démocratie suisse. (TDG)

Créé: 28.02.2016, 20h02

Pierre Ruetschi - Rédacteur en chef.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.