Le courage de déplaire au peuple

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Les discours les plus beaux n’ont pas besoin d’être verbeux. En 17 minutes lundi matin – 22 si l’on compte les questions des journalistes –, le premier ministre français, Édouard Philippe, a restitué sa noblesse à la limitation de vitesse à 80 km/h qu’il a introduite l’an passé sur les routes départementales. Cent seize vies épargnées, ce n’est pas tout à fait rien.


À lire : Édouard Philippe défend avec fougue les 80 km/h


Violemment contestée par une partie de l’opposition, dénoncée pour son arbitraire et sa prétendue brutalité centralisatrice par de nombreux élus locaux, cette mesure instituée le 1er juillet était devenue au fil des mois l’exemple même des maladresses du gouvernement, de son absence d’écoute aux sentiments populaires, de son mépris des régions. Beaucoup y voyaient une marotte un peu stupide du premier ministre – une limitation de vitesse, pff ce n’est pas de la haute politique! – et quand on a compris que le président critiquait la mesure, ce fut haro sur le baudet: les 80 km/h étaient une erreur grossière qu’il fallait corriger pour calmer le bon peuple.

«La mesure était devenue au fil des mois l’exemple même des maladresses du gouvernement, de son absence d’écoute»

Le bon peuple bien sûr, c’était les «gilets jaunes». On notera que dans aucune de leurs revendications telles qu’ils les ont formulées ne figure l’abolition des 80 km/h, cela ne fait rien, une sorte de consensus s’était établi: les «gilets jaunes» et les Français veulent l’abrogation de cette mesure, les sondages en témoignent.

Face à cela, avec une sérénité qui n’est pas la règle en politique, Édouard Philippe a opposé la force d’une conviction. Les chiffres qu’il dévoile sont probants, même s’il ne faut pas s’y égarer: la baisse des morts sur la route est légèrement moins forte au deuxième semestre (-4,4%) que sur la moyenne annuelle, un «détail» qu’il escamote pour fournir d’autres chiffres qui étayent mieux sa volonté. Mais sur le fond, il a raison: la limitation de vitesse qu’il a courageusement introduite sauve des vies humaines et préserve d’innombrables citoyens de handicaps affreux.

Que dans la fébrile ambiance politique actuelle, un dirigeant tienne sa ligne et affronte un sentiment populaire réputé majoritaire, c’est à saluer.

Créé: 28.01.2019, 21h44

Alain Rebetez, correspondant à Paris

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Jocelyne Haller refuse son élection
Plus...