Burkhalter, un ministre illisible

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Il avait une annonce à faire. Une décision nette et franche, «claire comme le cristal», qui allait bouleverser (un peu) la politique suisse. Personne ne s’y attendait, même dans son entourage politique le plus proche.

L’effet de surprise, ce n’est pas vraiment la marque de fabrique de Didier Burkhalter, un homme discret, pragmatique, qui hait la politique spectacle. Pourtant, il a créé un intenable suspense. Pourquoi donc ce conseiller fédéral, déjà effacé, s’efface-t-il? Allait-il sortir du bois, enfin, oser une démission militante, dire, peut-être, qu’il n’est plus d’accord avec ses pairs sur le dossier européen, rendant vaine son action, dire qu’il est las des critiques, voire des lâchages dans son propre camp ou simplement qu’il est fatigué? Rien de tout cela. Didier Burkhalter s’en va parce qu’il s’est senti porté par une «vague», parce qu’il souhaite écrire «une nouvelle page dans sa vie». Voilà, c’est tout. L’homme, futur ex-ministre des Affaires étrangères, part sans pensée, sans arrière-pensée ni regrets. Et sans autre motif avoué. Un peu mystique mais très peu politique.

C’est son droit, bien sûr, et c’est humain. Il veut retrouver une vie privée. Sous réserve d’autres raisons impératives, on ne peut que constater la vacuité de cette démission. Elle aurait pu avoir du sens ou en donner, elle aurait pu éclairer d’une autre lumière sa politique de l’ombre. Non, il cultive le mystère, le droit de se taire. Il s’en va comme un citoyen ordinaire. Didier Burkhalter peine à être un homme public et à en accepter les contraintes et exigences. Telle fut sa faiblesse. Il est parti comme il a gouverné. Avec énergie, classe et honnêteté, mais sans grand charisme, ni plan d’envergure, ni raisons convaincantes. Il est devenu de moins en moins lisible. Voici qu’il s’efface.

Cela ne l’a pas empêché de connaître des succès, en particulier comme président de l’OSCE, sur le front de la crise ukrainienne notamment. Vu de Genève, Didier Burkhalter, qui n’avait suscité qu’un enthousiasme modéré lors de son élection, a gagné beaucoup de sympathies. S’il est une action retenue au bout du lac, c’est son engagement en faveur de la Genève internationale, qui sort consolidée de son mandat. Non seulement Genève a retrouvé son attrait de base de négociations sur les dossiers chauds de la planète, mais Didier Burkhalter a aussi veillé à ce que la Confédération soutienne très concrètement les grands projets en cours, dont celui de la coûteuse rénovation du Palais des Nations. A Berne, le conseiller fédéral a su redorer le blason de la Genève internationale à Berne, poursuivant ainsi le travail engagé par Micheline Calmy-Rey.

Une affaire importante pour Genève, moins pour la Suisse, enferrée dans ses rapports avec l’Union européenne. Il s’agissait là du dossier central de son mandat, sur lequel il a failli. Les avancées ont été imperceptibles. Son manque d’implication dans l’après 9 février fut patent. Aujourd’hui, isolé dans son propre camp, il s’est retrouvé à défendre un accord institutionnel à tout prix avec l’Union européenne. Tout ou presque reste à faire dans les relations entre Berne et Bruxelles.

Que Didier Burkhalter quitte son poste à cet instant n’en est que plus surprenant. Mais pas forcément désolant. Car un changement d’équipe aux affaires étrangères pourrait aussi bien contribuer à débloquer la situation.

Les candidats souhaitant relever le défi ne manqueront pas. Mercredi, la candidature du Tessinois Ignazio Cassis avait les faveurs des analystes. Un italophone, bien connu à Berne, pour remplacer un Romand. A voir.

Bien d’autres ont des ambitions qu’ils se gardent encore de déclarer. Parmi eux, Pierre Maudet. On s’en souvient, il avait fait un tour de carrousel pendant la campagne fédérale 2009 pour mettre les Suisses en appétit, avant de renoncer à se présenter. Trop jeune et manquant d’expérience. Ses chances étaient très minces. Il le savait bien. Aujourd’hui, il pourrait jouer au Macron genevois en promettant un coup de frais bienvenu au Conseil fédéral. Pas de précipitation. Le bal des candidats ne fait que commencer. Et à l’ère de Trump et de la République en marche, les audaces, fondamentalement contraires au système suisse, paraissent soudain un peu moins exotiques. Page

Créé: 14.06.2017, 22h33

Pierre Ruetschi,
Rédacteur en chef (Image: DR)

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