L’amoralité fiscale reste à la mode

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Certaines grandes entreprises trouvent normal d’aider leurs cadres dirigeants à échapper au fisc en usant de montages financiers abracadabrants. C’est le triste enseignement des «Fashion Leaks», cette fuite de documents issus du groupe français Kering, qui possède notamment Gucci.


A lire aussi: Le patron star de Gucci avait un forfait fiscal bidon au Tessin


Que dit cette fuite? D’abord que le niveau de rémunération des pontes de la mode est incroyablement élevé. L’ancien directeur de Gucci Patrizio di Marco, une star du milieu, a touché près de 23 millions en cinq ans sur un compte à Singapour, en plus de son plantureux salaire italien. Tant mieux pour lui, mais le montant peut choquer quand on connaît le médiocre niveau de rémunération des «petites mains» du prêt-à-porter de luxe.

Ensuite, la Suisse a longtemps eu pour modèle d’affaires d’accueillir l’argent caché par les super-riches et les multinationales. En usant parfois de stratagèmes douteux: sociétés écrans et contrats bidon de «consultant», domiciliation fictive, forfait fiscal abusif, toute la panoplie dont ont bénéficié, au Tessin, Patrizio di Marco et Gucci.

Dans ce domaine, l’inventivité humaine est sans limites. Ce n’est pas parce que le secret bancaire a sauté et qu’une ère de transparence fiscale généralisée a soi-disant été instaurée que ces pratiques cesseront. Mais les Suisses auront bientôt l’occasion de faire un petit pas dans la bonne direction. En mai, ils voteront sur la réforme dite RFFA, qui abolirait les statuts fiscaux spéciaux des multinationales, un dispositif agressif et condamné au niveau international. Une partie dogmatique de la gauche – et de l’UDC! – s’oppose au projet, notamment parce qu’il favoriserait le «dumping fiscal». Mais c’est plutôt l’inverse: en abolissant les statuts spéciaux, la Suisse contribuerait aux laborieux efforts mondiaux pour limiter les tricheries fiscales des multinationales. Une occasion à ne pas manquer.

Créé: 25.01.2019, 20h40

Sylvain Besson, Cellule enquête (Image: Yvain Genevay)

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Jocelyne Haller refuse son élection
Plus...