Affaire FIFA: la justice en faillite

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Quel camouflet! En 2015, le Ministère public de la Confédération avait déboulé dans le monde du football pour faire le ménage, un de ces nettoyages en profondeur que la FIFA, alors présidée par Sepp Blatter, n’arrivait pas à faire. Appuyée – ou poussée – par les agents américains du FBI, la justice suisse avait promis de tordre le cou à la corruption et de faire la lumière sur des pratiques dont l’avidité avait scandalisé la planète entière.

C’était chevaleresque. C’était porteur d’espoir. Le sport universel qui fascine des milliards de personnes pouvait entrevoir un avenir meilleur. Amère illusion.

Quatre ans plus tard, on ne peut que constater que la justice suisse joue la même cacophonie que son homologue sportive. Alors que les juges américains ont déjà terminé les procédures et distribué amendes et peines de prison depuis plus d’une année, l’appareil judiciaire helvétique s’est embourbé. Jusqu’à lundi, on regrettait surtout l’absence de résultats. Depuis hier, on est proche de la faillite.


A lire: Le choix du Qatar, en 2010, continue de faire des dégâts


Quoi de pire, en effet, que de voir Michael Lauber, le patron des enquêteurs, ainsi que deux procureurs haut placés, se faire débarquer des affaires de corruption liées à la FIFA par un tribunal, fût-il fédéral? Cela en raison d’une proximité inacceptable par la loi avec les dirigeants d’une fédération internationale, certes partie plaignante dans la plupart des enquêtes, mais au sein de laquelle le cancer de la corruption s’est épanoui? La perte de crédibilité est totale. Sans parler des trois ou quatre ans de travail qui partent en fumée.

Certes, les enquêtes ne vont pas s’arrêter. Mais après cette douche froide on peut légitimement se demander à quel rythme elles vont se poursuivre et pour quels résultats. Chaque jour qui passe voit la probabilité que des inculpés s’en sortent, non pas parce qu’ils sont innocents, mais parce que ce dont on les accuse sera prescrit.

La Suisse se préoccupe souvent de son image dans le monde. Sur ce coup-là, l’échec est cuisant. Dans quelques semaines, les Chambres devront décider de réélire – ou pas – le procureur général de la Confédération. Espérons que les élus s’en souviendront et prendront leurs responsabilités.

Créé: 18.06.2019, 22h38

Patrick Oberli, Rubrique Sports

Articles en relation

Platini «n'a strictement rien à se reprocher»

Football Soupçonné de corruption dans l'affaire de l'attribution du Mondial 2022 au Qatar, l'ex-président de l'UEFA est en garde à vue. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.