L'affaire du burkini a fait gagner le pire

L’éditorial L’immense majorité des musulmans de France s’est sentie stigmatisée. La suspension des interdictions n'y change rien.

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La décision fera date mais elle ne résout rien. La France interdit d’interdire le burkini sur ses plages. C’est bien! C’est une évidence pour qui s’en tient à une lecture raisonnable de ce micro-événement qui a embrasé la France en ce mois d’août. Quelques femmes se sont baignées sur la Côte d’Azur avec des maillots de bain pudiques qui disent leur confession musulmane…

S’afficher musulman ne saurait être perçu comme une provocation dans un pays qui porte haut la défense des libertés individuelles. D’autant que le maillot ne déroge pas à la règle d’or de nos sociétés démocratiques et libérales: ce vêtement ne cache pas le visage dans l’espace public. Pour le reste, on laissera les culs-bénits de toutes les confessions disserter sur ce que Dieu, ou la République, doit autoriser ou non en matière de visibilité des poils et des cheveux.

Bref, la décision est sage et évite un ridicule, mais elle ne fait rien avancer. Tout d’abord, l’immense majorité des musulmans de France s’est sentie stigmatisée par cette controverse qui la renvoie à la case départ de l’intégration. Ensuite, et c’est grave, chaque camp du pire a été renforcé dans sa position.

Les tenants d’un islam politique ont, eux, documenté l’hostilité à l’égard de leur religion. Le baromètre est monté à 64% de Français antiburkini. Personne n’est dupe, c’est bien de l’islam qu’il était question. En face, l’extrême droite française, et ses copies, surfant sur la menace djihadiste et à la veille de la grande campagne électorale présidentielle, a su faire basculer l’opinion publique en sa faveur. Désavouée par la loi, elle peut désormais entonner la litanie du laxisme, de la perte des valeurs et du recul de la République.

Mais chacun se rend bien compte que proposer des interdictions à la petite semaine – aujourd’hui le burkini, demain la suppression des menus de substitution à la cantine – ne constitue que de mesquines vexations envers ses 5 millions de musulmans. La France a encore tout à inventer pour vivre avec son islam.

Créé: 26.08.2016, 20h22

Xavier Alonso - Correspondant à Paris.

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