Cauchemar au Gothard
L’éditorial
La sécurité. Seul argument véritablement déterminant pour décider le 28 février s’il faut creuser ou non un deuxième tube sous le Gothard. La sécurité ne se discute pas. En principe du moins. Car dans le cas du Gothard, elle fait polémique. Les partisans du forage affirment qu’une voie par tube réduirait considérablement les risques d’accidents. On ne peut pas leur donner tort puisque toute collision frontale serait exclue. La campagne du oui use sans retenue des photos spectaculaires du terrible accident qui a fait onze morts en 2001. Elle insiste en revanche beaucoup moins sur le fait que, depuis cette date funeste, d’innombrables mesures ont été prises. Et qu’elles se sont révélées efficaces puisque le nombre d’accidents par année a été divisé par cinq, ce qui en fait statistiquement l’un des tunnels les plus sûrs d’Europe.
La sécurité n’est donc que l’argument camouflage pour ne pas perturber la circulation annuelle des 900 000 camions et cinq millions d’autos au cours des trois ans que nécessite la rénovation du tunnel existant. La raison? Ne pas isoler le Tessin, ne pas freiner les échanges et avoir le bonheur d’ouvrir un nouveau chantier géant au profit de l’économie suisse. Cette motivation est clairement insuffisante pour justifier l’engloutissement de 2,8 milliards de francs dans un trou alpin.
Un plan B existe. Il est solide et parfaitement viable. La réouverture du tunnel de faîte couplée au chargement des camions sur la nouvelle ligne de base assure un service suffisant le temps des travaux. Le tout pour un milliard de moins qui trouvera une affectation infiniment plus utile dans le réseau autoroutier, romand par exemple.
En 1992, les Suisses ont fait œuvre de pionnier en acceptant d’engager 24 milliards de francs dans les nouvelles traversées alpines. Fleuron de cette politique, le tunnel ferroviaire de base sous le Gothard (57 kilomètres) qui sera inauguré en juin prochain. La capacité de fret se trouvera augmentée d’un tiers grâce aux NLFA. Avant de forer tête baissée, voyons quel sera l’impact potentiellement énorme de cette nouvelle ligne. Mais les partisans sont pressés. S’ils veulent un deuxième tunnel, c’est peut-être qu’ils caressent l’inavouable rêve d’une traversée à quatre pistes routières. Les promesses du Conseil fédéral ne résisteront ni au temps ni aux pressions européennes. Et quand le trafic aura doublé, on pourra reparler pollution et sécurité. Un cauchemar annoncé.
Créé: 08.02.2016, 19h24
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Pierre Ruetschi, rédacteur en chef de la «Tribune de Genève».
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