ÉditorialL’ère du sans, c’est maintenant
L’invitation à ne pas boire de boissons alcoolisées en janvier est sans doute une bonne initiative. Mais elle s’inscrit dans une tendance générale de sociétés du «sans».
Passer un mois sans boire une goutte d’alcool, pourquoi pas. C’est bon pour l’hygiène de vie, voire pour la santé, si l’excès ne suit pas la privation. Ce phénomène nous vient du Royaume-Uni, où il a été institué en 2013 par l’organisation britannique Alcohol Change. Il s’inscrit aussi dans une tendance générale, l’ère du «sans».
Il convient désormais de ne pas manger de viande, car c’est bon pour la planète. Sans gluten, même si on n’a pas d’intolérance ou de maladie cœliaque car cela facilite la digestion. Ou de se contenter d’ersatz… Mais ces injonctions d’ordre alimentaire ne sont pas les seules. D’aucuns nous font la morale pour ne plus voyager en avion ou pour se passer de voiture. Notre obsession du téléphone portable augure déjà des lieux ou des périodes sans smartphone, voire sans écran.
Au Japon, des pilules permettent de cacher ses odeurs corporelles. Pour un métro et une ville sans odeur. Il est par ailleurs de bon ton de ne pas manifester d’émotions. Une intelligence artificielle adoucit par exemple les intonations des opérateurs de centre d’appels. Tandis que les gens supportent de moins en moins le bruit, à la ville comme à la campagne, même quand il s’agit de fêtes ou du chant du coq. Vers un monde du silence?
Des urbanistes et des sociologues constatent que dans nos sociétés avancées, les villes comme les vêtements perdent de leurs couleurs. Tout devient noir, gris, brun.
Mais le pire, ce sont les privations terribles imposées par les guerres. Combien de Terriens vivent sans pouvoir s’alimenter, sans eau, sans électricité. Sans parler de ces régimes et de ces hommes qui traitent leurs pairs sans humanité. L’ère du sans, c’est maintenant.
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