ÉditorialLe Montreux Jazz, ou l’audace de l’improvisation
Sous ses atours bien mis, Mathieu Jaton serait-il un cascadeur? Le directeur du Montreux Jazz l’a rappelé mercredi, à l’heure de dévoiler sous embargo les innovations contraintes des prochaines éditions hors les murs du MJF: les récentes années du festival n’ont pas été un long fleuve tranquille.
En 2019, ce fut le grand stress d’Elton John en stade. En 2020, une annulation covidienne. En 2021, une édition en format réduit puis une suivante handicapée dans sa préparation par le virus. À peine le temps de savourer une année 2023 normale et déjà le festival doit s’adapter à la fermeture pour rénovation du Palais des Congrès, trente ans après s’y être installé. Mais dans ces écueils, le directeur y voit «de l’excitation»!
Bien sûr, il y a l’assurance du communicant. N’empêche: le successeur de Claude Nobs aime à se déployer en période de crise. Du Jazz 2024, les pronostics oscillaient entre une atomisation de concerts en formats de poche et la solution peu glamour du stade de la Saussaz. Jaton avait souvent expliqué combien créer une scène lacustre était complexe. Le festival a pourtant choisi cette option effectivement «excitante».
Il joue gros, toutefois. Le format open air redoute la pluie. Pire: les orages! Il y a une logistique à inventer. Des flux à gérer. Et des artistes à convaincre – l’argumentaire promotionnel du MJF a souvent loué l’effet d’attraction de l’Auditorium Stravinski pour son écrin de proximité, sa réputation audiophile et les stars qui l’ont habité. Si on le prend au mot, la place du Marché pourrait rebuter certains…
Idem du public, qui paie au prix fort l’«expérience» intime du Strav’. Viendra-t-il face au lac? Et s’il vient, n’y prendra-t-il pas trop goût? Paradoxalement, une réussite hors du Palais des Congrès pourrait griffer le caractère indispensable de son auditorium. De sa virée en ville, il est certain que le MJF reviendra changé.
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