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Éditorial
Le genou de Lucy et le melon de Gianni

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Il y a cinquante ans, le monde découvrait un fossile fondateur. Lucy, la première bipède de l’histoire. Un petit morceau de femme, haute de 47 ossements et vieille de 3,2 millions d’années. Suffisamment pour se rendre compte que le fait de se tenir à peu près debout était bien antérieur à ce que la science imaginait jusque-là.

Au pif 3,2 millions d’années, c’est donc le début des emmerdes pour nos genoux. L’histoire de cette masse corporelle qui repose sur de si fragiles articulations, comme le raconte Yves Coppens, à l’origine de la découverte, au cours de son essai intitulé «Le genou de Lucy», jusqu’à y décrire une «instabilité émouvante» de notre éveil à la conscience. 

Dans le sport, les femmes en sont les premières victimes. Jusqu’à six fois plus de blessures aux ligaments croisés que les hommes. Le désavantage est physiologique et hormonal.

Malgré leur avantage génétique, on se demande comment certaines articulations masculines parviennent à tenir le coup. Pas sous les impacts répétés d’appuis en pivot, mais plutôt sous le poids de melons hypertrophiés. 

Prenons au hasard l’exemple de Gianni Infantino. En attribuant l’organisation des Coupes du monde 2030 et 2034, le président de la FIFA a décidé à lui seul de la direction du football mondial pour la prochaine décennie. Car désormais à Zurich on vote par acclamation. Oui, acclamation il y a eu, mais surtout de sa personne, façon nord-coréenne. 

C’est lui, l’homme providentiel qui délivre les opprimés grâce au football. Lui encore, le leader suprême dont la vision offre un rayonnement sans précédent à la Coupe du monde. Lui toujours, le visionnaire souverain grâce auquel le sport devient «un catalyseur des droits humains».

En Arabie saoudite dans dix ans, comme ce fut déjà le cas au Qatar voilà deux ans, les avancées en la matière promettent d’être aussi indéniables que colossales - ou pas.

C’est étrange. Même au sein des respectables fédérations nationales du Vieux-Continent, on n’a vu personne se lever vent debout contre cette attribution. À croire que les voix des opposants se seraient évaporées: démembrées puis dissoutes dans l’acide. Enfin voyons, ce ne sont pas les méthodes de ces gens-là.

Comme à Lucy, l’instabilité émouvante de notre éveil à la conscience, ça doit sûrement leur faire une belle jambe.

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