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Éditorial sur la haine en ligne
Face aux maux des réseaux, les mots nous sauveront

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Il n’existe pas de discussion sans filtre. Même pas avec soi-même. La linguistique est formelle: toutes nos conversations sont régies par des conventions tacites. C’est le pouvoir magique des mots, qui en disent bien plus que ce qu’ils avancent timidement, ou bien moins que ce qu’ils affirment pourtant sans détour. Nos manières verbales racontent mieux que personne nos rituels sociaux, mais encore nos doutes, nos enthousiasmes, nos craintes, nos espoirs. 

C’est ici notre humanité qui s’exprime. Dans l’adresse à l’autre, sinon à son propre reflet, parce qu’on existe, parce qu’on se ressemble, parce qu’on s’assemble, parce qu’il faut bien vivre ensemble. Nous filtrons sans cesse, avec nos collègues, nos proches, nos parents, nos enfants. Pour veiller à la paix sociale, oui, mais aussi par respect envers nous-même. Car au final les mots que nous employons, leur pertinence, leur diversité, leur richesse, sont notre première planche de salut. 

Cette codification de nos rapports verbaux a volé en éclats avec l'arrivée des réseaux sociaux et de l’anonymat qui sous-tend les éléments conversationnels. C’est vrai ça, pourquoi encore prendre la peine de filtrer nos pulsions verbales, pourquoi se casser la nénette à faire civilisation, quand de toute manière personne ne pourra nous tenir responsables de nos propos? Le contrat social est rompu. Et le corollaire est implacable: c’est la haine qui l’emporte.

Cette infamie galopante, dont les sportives et les sportifs de haut niveau sont des victimes emblématiques, tape bien au-delà du terrain de jeu des haters. Elle noircit d’abord les neurones de ceux qui en sont victimes, puis de leurs proches, puis de leur entourage, avant de s’étendre encore et encore, comme une marée noire qui rampe dans les psychés.

À notre corps défendant, il s’agit de reconnaître aux adeptes de la pensée positive quelques vertus. Passé outre la niaiserie d’apparat, il faut constater que l’alchimie des bons mots est d’une efficacité implacable. Multiplier les usages du savoir-vivre ensemble, c’est renouveler le bonheur du jour et décupler notre capacité de résilience. Au contraire de ce défouloir verbal qui a tous les atours d’une pulsion animale: y céder, c’est renoncer à une part de notre humanité.