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L’éditorialÉcrémée, La Bâtie reste-t-elle La Bâtie?

Éviter l’annulation à tout prix. Telle était l’ambition première de Claude Ratzé pour cette 44e édition. Même au sacrifice de la plus grosse partie de la programmation musicale et festive, le directeur de La Bâtie avait pour priorité de maintenir coûte que coûte la manifestation de la rentrée culturelle genevoise.

Avec cet objectif en tête, il a fallu faire avec le virus. Accepter des compromis. Renoncer par exemple aux accueils incompatibles avec les mesures sanitaires. Abandonner les artistes dont les tournées ont été supprimées ou ajournées. Comme se passer de têtes d’affiche en provenance de pays sur liste rouge.

Les spectacles éligibles, locaux pour la plupart, il a ensuite fallu les soumettre aux contraintes du moment. Imposer au public non seulement le masque et un placement en salle obéissant aux distances autorisées, mais également l’inscription préalable à l’application de traçage CoGa.

À ces conditions, La Bâtie a pu relever son pari, réalisant ainsi les espoirs tant des professionnels engagés que des festivaliers en appétit. Symboliquement, elle a montré que la culture est capable de négocier avec une pandémie relativement sous contrôle. Et que la saison des théâtres du bout du lac a pu s’ouvrir sans encombre, promesse fragile d’un retour à la quasi-normale pour un secteur aussi traumatisé que sinistré.

Un petit «mais» émerge cependant. De même qu’on s’attend à une progression du télétravail post-Covid – ou que d’aucuns craignent la pérennisation de lois «liberticides» –, on s’inquiéterait d’une généralisation de la situation d’exception sur le terrain du Festival de Genève. Rien qu’en théâtre, la venue de metteurs en scène de la pointure de Wajdi Mouawad, Christiane Jatahy ou Amir Reza Koohestani, qui ont fait défaut cette année, n’agit pas seulement comme un bol d’air frais. Elle insémine la création genevoise: quel meilleur gage d’avenir?

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